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jeudi 13 octobre 2016

[Livre] La salle d'attente de Tsou Yung-Shang

Piranha - 1 Septembre 2016
192 pages
Date de sortie originale : Janvier 2013
Titre Vo : Denghou Shi

Dans la salle d'attente d'une administration, un homme patiente. Plus qu'un visa, ce sont des réponses au sens de sa vie qu'il espère... Xu Mingzhang a rencontré son épouse à l’université de Taipei. Leurs amis ont bien du mal à comprendre ce qui les unit : c’est une étudiante ambitieuse et très en vue, alors que lui est réservé, toujours plongé dans ses livres. Il la suit pourtant en Allemagne où il s’enferme peu à peu dans un monde intérieur fait de lectures et de silences. Jusqu’au jour où elle lui annonce qu’elle le quitte. Désormais installé seul à Berlin, il attend qu’une fonctionnaire décide ou non de prolonger son visa et surtout, de trouver un sens à sa vie, loin de son île natale.
(Source : Piranha)


14/20


La salle d'attente s'ouvre de la même façon dont elle se termine : avec simplicité. Dans ce premier roman de l'auteur Taïwanaise Tsou Yung-Shan, je me suis à nouveau heurtée avec plaisir à cette écriture pleine de langueur avec un côté très simpliste, très épuré, que je retrouve (et adore) énormément dans la littérature asiatique.

C’est comme écouter une mélodie neutre mais ponctuée de notes poétiques qui lui donnent un charme froid mais interpellant et dont la beauté se révèle progressivement. J’ai beaucoup aimé voir Xu Migzhang parler de la façon dont il se sent, de sa relation passée avec sa femme, de cette étrange sentiment d’humidité qui enrobe les choses autour de lui, de son appartement à son cœur, ou bien sa façon de parler des arbres, de l’eau, de l’air. Pas de fioritures, juste des pensées brèves et succinctes attrapées au vol.
« 7h30. Il est assis dans la salle d'attente du bureau du ministère des Affaires étrangères, la tête baissée. Il n'a pas lu, pas regardé autour de lui pour passer le temps. Parfois, des gens, à côté de lui, discutent dans des langues différentes ; le plus souvent, il ne comprend pas. Parfois, du couloir, lui parviennent des bruits de conversations en chinois. Avant, il aurait levé la tête, à présent il n'y fait même plus attention. »
Pour peu qu’on accepte de se poser un instant (impossible de lire le roman ailleurs que chez moi au calme, c’est une histoire qu’on doit prendre le temps de découvrir), on se retrouve emporté dans la lassitude et la monotonie de ces personnages étrangers ou allemands (l'histoire se déroulant en Allemagne), qui gravitent autour du thème de l’immigration. Le ton des différents récits est loin d'être édulcoré, l'atmosphère globale du roman est très grise, l'écriture n'a pourtant rien de lourde, on se laisse porter par le fil des différentes histoires (qui s'entrecroisent ça et là) sans s'enliser une seule seconde dans cette espèce de lassitude et de tristesse qui gravitent autour des personnages.
« Quand sa femme lui avait annoncé qu'elle voulait le quitter, il n'avait rien dit, il s'était plongé dans le roman qu'il tenait à la main, il avait évité de la regarder en face, elle avait attendu, attendu de voir s'il allait enfin se décider à dire quelque chose, mais il n'avait rien dit, il donnait l'impression d'accepter cela facilement, mais ils savaient tous deux que c'était de sa part une attitude de refus. »
Concernant l'immigration, la façon dont le thème est abordé est très juste. Les questions identitaires sur ce qui définie un homme à propos de ses racines, de l’endroit d’où il vient et vers l’endroit où il atterri, des barrières culturelles et linguistiques sont amenées avec finesse. Même si le sujet n’est pas totalement approfondi car on reste dans un constat rendu très subjectif par les points de vues des personnages, il est très appréciable d'avoir un regard surtout porté sur le ressenti et non sur le côté froid, clinique et administratif de l’immigration. 

Pas de chiffres ici, juste de l'humain ! C'est ce qui fait de La salle d'attente un livre si intéressant à découvrir. Et malgré la lourdeur apparente du ton du récit, il est facile de se laisser emporter par tous ces personnages dont les histoires de vie nous renvoient peut-être, à un moment où l'autre, à ce que nous aurions été, à ce que nous pourrions, un jour, être.



samedi 24 septembre 2016

[Livre] Chanson douce de Leïla Slimani

Gallimard - Août 2016
240 pages
Date de sortie originale : 18 août 2016

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.
(Source : Gallimard)

16/20

Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin que les toutes premières lignes de Chanson douce pour comprendre que Leïla Slimani vient de glisser entre nos mains un roman qui sera sans concession. L'histoire s'ouvre en effet sur la mort brutale de deux jeunes enfants, assassinés par leur nourrice, laquelle étant dans le coma après avoir tenté, ensuite, de se suicider. On se retrouve donc dès  les premières pages face à un fait tragique, mais également face à l'incompréhension vis-à-vis de cet événement : la coupable ne pouvant expliquer son geste. Il ne reste donc plus qu'à remonter plusieurs mois en arrière pour comprendre comment un telle chose à bien pu arriver.

Passé le premier chapitre servant d'introduction à l'histoire, le roman se découpe en plusieurs chapitres suivant tour à tour les personnages gravitant (de près ou de loin) autour du tragique événement à venir. De Myriam, la mère, à Paul, le père, en passant évidemment par Louise la nourrice elle-même ou  par des témoins plus éloignés comme une voisine, l'histoire reconstitue peu à peu le cheminement des personnages ayant amenés à la tragédie finale.
« La mère était en état de choc. C’est ce qu’ont dit les pompiers, ce qu’ont répété les policiers, ce qu’ont écrit les journalistes. En entrant dans la chambre où gisaient ses enfants, elle a poussé un cri, un cri des profondeurs, un hurlement de louve. Les murs en ont tremblé. La nuit s’est abattue sur cette journée de mai. »
On suit avec un certain malaise la façon dont Louise devient de plus en plus présente et indispensable au couple de parents, la façon dont elle s’immisce dans leur petit microcosme familiale. En parallèle, on se sent aussi gêné par la réaction des parents, souvent à double tranchant, qui adorent Louise autant qu'elle les dérange et qui ne savent jamais vraiment trop comment s'y prendre avec celle-ci. La plume de Leïla Slimani nous entraîne très facilement dans cette spirale un peu malsaine qui finit par devenir totalement perturbante, surtout pour le lecteur qui sait qu'elle issue est à prévoir et qui ne peut que constater l'aveuglement des parents et la montée de la folie chez Louise.
«  On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors toutes es fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde. »
S'il est vrai que le roman m'a d'abord attiré pour son histoire (à cause de cette curiosité un peu malsaine qui donne envie d'aller mettre son nez au cœur d'un fait divers aussi horrible), j'ai poursuivi ma lecture (et ai adoré la poursuivre) pour l'écriture de l'auteur qui se positionne de façon toujours très juste. Bien sûr, il est difficile de douter de la culpabilité de Louise, pourtant, elle n'est jamais vraiment présentée comme un monstre, on se prend même souvent de pitié à son égard (à défaut d'empathie). Le rythme de l'histoire est également très agréable à suivre grâce à l'écriture concise de l'auteur qui sait clairement où mener ses lecteurs.

De cette histoire sous forme de thriller qui se présente plus comme une tragédie que comme le procès d'un drame, je retiendrais surtout cette impression à double tranchant, celle d'être percutée tout en essayant, en parallèle de comprendre comment la société peut créer des situations si dramatiques. La mélodie de cette chanson douce aux consonances venimeuses me restera en tout cas longtemps dans la tête.




dimanche 11 septembre 2016

[Film] Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Franco-canadien - 1h35
Date de sortie française : 21 septembre 2016
Avec : Vincent Cassel, Marion Cotillard, Gaspard Ulliel

Après douze ans d'absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l'on se dit l'amour que l'on se porte à travers les éternelles querelles, et où l'on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude. 
(Source : Allociné)


17/20

Les lumières s'éteignent, le film débute. Scène d'introduction : le ton est immédiatement donné, nous voilà embarqué dans cette entrée en matière qui intrigue, fascine déjà et rappelle aux gens, s'ils l'avaient oublié, pourquoi Xavier Dolan est un grand réalisateur.


Les minutes défilent et décidément, il n'y a pas de doute : on est bien devant un film de Xavier Dolan. Des cadrages et plans rapprochés sur les mains ou les visages de ses personnages, en passant par ces détails chargés de sens et captés par la caméra au détour de rien ou encore par le jeu des regards, des silence et l'utilisation de la musique si propre au réalisateur... On assiste à ce que le jeune québécois sait faire de mieux.


On se retrouve pris au piège dans ce huis-clos familial qui n'est jamais vraiment situé, ni dans le temps, ni dans l'espace. Prenant pour scène principale une maison de famille ou des habitacles de voitures le temps d'un trajet,  l'atmosphère du film, à l'image de sa quasi unité de lieu, finit par étouffer. L'attente de l'annonce de la mort prochaine du protagoniste pèse sur les épaules de celui-ci de la même façon dont elle pèse sur les épaules du spectateur. On s'enlise dans cette atmosphère lourde et caniculaire sur laquelle on sent tout le poids de la mort, de l'absence, des regrets et de l'incompréhension qui flotte entre les personnages.
Le ton est cynique, semble parfois détaché lorsque apparaissent les interludes musicales sous forme de souvenirs, de flash-back qui ouvrent des parenthèses dans lesquelles reprendre son souffle. Le temps d'un instant seulement car la gravité de la situation reprend vite le dessus. Xavier Dolan joue habilement avec cette atmosphère changeante, électrique, qui rend les personnages à fleur de peau et captive les spectateurs autant qu'elle les dérange.  


Dérangeant car il est parfois très gênant de voir cette famille se livrer, s'ouvrir à nous, de se faire voyeur de ce microcosme familiale déjà craquelé et, sûrement, au bord de l'implosion. Pour incarner les membres de ce groupe un peu casse-gueule qui se noie dans la rancœur, dans les non-dits et l'incompréhension, on retrouve un casting composé d'acteurs totalement français pour une fois et pas n'importe quels acteurs. Vincent Cassel, Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Nathalie Baye et Léa Seydoux... qu'on les apprécie ou non, il faut reconnaître que chacun est excellent dans son rôle et dans la névrose de son personnage.


Avec ce huis-clos court mais dense adapté de la pièce de théâtre du même nom de Jean-Luc Lagarce, Xavier Dolan nous offre un nouveau tour de force. On passe du rire à la consternation, on baigne dans la nostalgie et le malaise. Avec son atmosphère extrêmement bien maîtrisée et son casting impressionnant, on retrouve les ingrédients qui font des films de Xavier Dolan des tableaux profonds, captivants et habilement travaillés.





jeudi 18 août 2016

[Livre] Quand la nuit devient le jour de Sophie Jomain

Pygmalion - Avril 2016
224 pages
Date de sortie originale : 27 avril 2016


« On m'a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m'enfonce une épine dans le pied, décrire l'échauffement d'une brûlure, parler des noeuds dans mon estomac quand j ai trop mangé, de l'élancement lancinant d'une carie, mais je suis incapable d'expliquer ce qui me ronge de l intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà. La dépression. Ma faiblesse. Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n est en mesure de m'aider. Dieu, la science, la médecine, même l'amour des miens a échoué. Ils m'ont perdue. Sans doute depuis le début. J'ai vingt-neuf ans, je m appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois. Le 6 avril 2016. Par euthanasie volontaire assistée. »
(Source : Pygmalion)


14/20


Il existe des romans dont on comprend dès les premières pages que la lecture va être soit éprouvante, soit dérangeante. Avec Quand la nuit devient le jour, Sophie Jomain se lance dans un récit très sensible sur un sujet qui l'est tout autant : celui de l'euthanasie.
« Chaque personne devrait avoir le droit de mourir dignement. Quel que soit le mal dont elle souffre, invisible ou pas. »
Et pas n'importe quelle euthanasie ! L'euthanasie légale utilisée en solution à un mal-être et à une dépression incurables. Au premier abord, c'est un cas extrême qui m'a énormément choquée. Je ne savais tout simplement pas qu'il était légal dans certains pays (la Belgique dans l'histoire) de se faire euthanasier dans ce cas de figure. Comprenez bien, Camille est une jeune femme de 29 ans, saine d'esprit et physiquement en pleine santé. La douleur de Camille, celle qui la tue a petit feu et qui rend son existence invivable est psychologique. La jeune femme décide de mettre fin à ses jours à cause de ce mal-être. Et il existe donc des pays dans lesquels, si une armée de docteurs reconnait que ce mal-être est incurable, on vous donne le droit d'en finir à l'aide d'un processus médicalement assisté.
« Les maladies incurables sont généralement visibles à la longue, mais la mienne est sournoise. Elle se cache et donne l'illusion de ne pas exister. Elle est pourtant bien là, chaque jour, chaque nuit. Elle court dans mes veines comme un poison et insuffle à mes poumons un air irrespirable. »
Passé l'étape de l'interpellation face à cette révélation, on tente peu à peu de comprendre les raisons de Camille. Et la jeune femme nous les explique toutes en détails en début de roman. Elle nous relate sa descente en enfer, l'impossibilité pour elle de guérir et sa décision. Pourtant, et c'est là que Sophie Jomain est très bonne à mon sens, l'histoire prend rarement un tournant mélodramatique. On ne tombe jamais dans le pathos. La situation est triste évidemment, mais toujours abordée avec dignité. Parfois, le récit prend même un aspect presque trop analytique de la situation.
Cette façon d'écrire - que j'ai apprécié - et d'aborder le sujet de l'histoire permet à Sophie Jomain de présenter un roman qui ne penche jamais d'un côté ou l'autre de la balance : il n'est jamais fait l'apologie de l'euthanasie ou, au contraire, celle-ci n'est jamais jugée, condamnée. Dans le roman, il s'agit avant tout de choix, de vécus personnels et de dignité humaine.
« Une femme dotée d'un courage et d'une détermination exceptionnels, répète-t-il, mais cette obstination, Dieu que je l'admire et la hais. »
Quand la nuit devient le jour est un roman sur lequel donner son ressenti n'est pas chose aisée. Il est difficile de rester de marbre face au sujet qu'il aborde, de ne pas se sentir à la fois touché, révolté, de comprendre les choix de la protagoniste ou de les refuser catégoriquement. Il faut faire un très gros effort d'empathie pour réussir à se mettre dans la tête et dans la peau de Camille, pour ne pas condamner sa décision et, d'une certaine façon, l'accepter à défaut de la comprendre. Sophie Jomain réussit le pari de mettre en lumière un sujet très délicat et de le maîtriser pour en faire un roman qui interpelle, marque, reste à l'esprit et surprend même dans les tous derniers chapitres. On ressent dans l'implication de l'auteur derrière chacune de ses phrases que cette histoire lui tenait beaucoup à cœur. 






samedi 7 mai 2016

[Livre] Room d'Emma Donoghue


LGF - Le livre de poche, 2013
456 pages
Date de parution originale : 13 septembre 2010

Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des enfants de son âge. Ou presque. Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à ses questions. Celle-ci occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il vit seul avec elle dans la même pièce, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais la mère fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec lui. Jusqu’au jour où elle comprend qu’elle ne peut pas continuer à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir.
(Source : LGF - Le livre de poche)

16/20

Room (le film de Lenny Abrahamson) étant l'un de mes coups de cœur de l'année, il fallait bien que je jette un œil au roman dont l'histoire est tirée. En plus de ça, le livre est tombé à la Lecture Commune d'avril sur Booknode, je n'avais donc plus aucune excuse pour repousser ma lecture.

Comme j'avais vu le film bien avant de lire le livre, je n'ai pas eu pas de réelle surprise du côté de l'histoire (le long métrage étant globalement très fidèle dans les premières parties du roman), par contre, j'ai beaucoup aimé lire le récit à travers les yeux de Jack. Ce parti-pris m'a un peu surprise au début, je m'attendais plus à avoir le point de vue de la mère ou une alternance entre celle-ci et l'enfant. Et finalement, je suis bien contente que l'auteur ait choisi Jack. J'ai aimé sa vision des choses, très naïve et si conditionnée à l'univers qu'il a toujours connu, ses caprices, ses idées qui semblent tellement farfelues et la façon dont il se heurte à ce Dehors si étrange dont il ignore beaucoup de choses. Ses tics et expressions de langage aussi, qui sont deux des choses qui m'ont vraiment touchée chez lui. Tout ça m'a beaucoup plu. Ça m'a un peu fait penser aux Pays sans adultes d'Ondine Khayat, le côté trop moralisateur et éthéré en moins. Chez Emma Donoghue, tout semblait beaucoup plus réaliste et juste.
« Les forêts existent que dans Madame Télé comme les jungles et les déserts, et aussi les rues, les immeubles et les voitures. Pareil pour les animaux sauf les fourmis, Petite Araignée et Mademoiselle Souris mais elle est partie maintenant. Les microbes existent pour de vrai, comme le sang. Les petits garçons n’habitent que dans Madame Télé mais ils me ressemblent un peu, enfin à moi dans Monsieur Miroir où j’existe pas en vrai non plus, juste en image. »
La façon dont est construite l'histoire permet de bien s'immerger dans la vie de Jack et de sa maman. On nous introduit en douceur dans leur petit microcosme, et j'ai beaucoup apprécié la façon dont le récit évolue par la suite. C'est un des détails qui me concilie avec le roman, parce que, souvent, j'ai cette impression de "trop vite" qui s'installe, comme si, brusquement, les personnages d'un livre se réveillaient lorsque leur histoire commence alors qu'ils vivent plus ou moins de la même façon depuis des lustres. Je trouve que l'élément déclencheur est assez bien amené ici. Ça semble logique (ça l'est) et renforce le sentiment de réalisme qui se dégage du récit.
« Avant j'avais pas l'idée de vouloir sortir, ma tête était trop petite pour y mettre le monde de Dehors alors j'imaginais pas qu'il existait. Quand j'étais tout petit je pensais comme un petit mais maintenant que j'ai cinq ans, je sais tout. »
Si j'ai adoré Room dans ses premières parties, je suis cependant un peu plus réservée pour la suite et la fin du roman, pour tout ce qui touche au Dehors. C'est intéressant de voir la façon dont Jack s'adapte à son nouvel environnement, mais je n'ai pas trouvé ça aussi touchant que lorsqu'on le suivait lors de sa captivité, et les réactions des autres personnes autour de lui tendaient même à m'agacer. En plus, cette partie diverge beaucoup du film, donc ça m'a un peu déstabilisée. Je ne sais pas si c'est du au fait d'avoir vu le film en premier, mais j'aime moins la façon dont ces moments sont abordés dans le livre finalement. C'est moins poignant.
« "Vous avez pris une décision que certains experts qualifieraient d'étrange ; vous avez enseigné à Jack que le monde mesurait environ trois mètres sur trois et que tout le reste -tout ce qu'il voyait à la télé ou entendait raconter dans ses quelques livres- était purement imaginaire." »
La fin du livre a beau m'avoir un peu moins captivée, Room reste néanmoins une très chouette découverte. Un roman poignant, frappant, qui ne laisse pas insensible. Comment rester de marbre face à la façon dont ce petit garçon de cinq ans appréhende le monde ou face au courage incroyable dont fait preuve sa mère ? Les psychologies des personnages étant en plus de ça vraiment travaillées, le roman permet de réfléchir sur les difficultés endurées par ceux-ci, sur leur évolution et sur la façon dont la société moderne fonctionne aussi (le regard qui est parfois porté sur la mère et la façon dont elle a élevé son fils m'a profondément dérangée). Une lecture dont on ne sort certainement pas indifférent. 




mardi 3 mai 2016

[Film] Nos souvenirs de Gus Van Sant

Américain - 1h50
Année : 2016
Sortie en France le 27 avril 2016
Avec : Ken Watanabe, Matthew McConaughey, Naomi Watts
Titre VO : The Sea of trees

Un Américain et un Japonais se rencontrent dans la "Forêt des suicides" au Japon, là où ceux qui souffrent trop pour continuer à vivre, mettent fin à leurs jours. Mais au lieu de se tuer, le duo se lance dans un voyage initiatique à travers cette forêt... 
(Source : Allociné)

16/20

Il y a quelques semaines, on m'a (quasiment) mise de force devant Last Days de Gus Van Sant, c'était ma première approche du réalisateur depuis Elephant et, si j'aime l'approche contemplative du réalisateur, j'avoue que je gardais une impression très ennuyeuse de ces deux films (Last Days n'ayant pas aidé avec sa trame vraiment très très lente).
Et puis il y a quelques jours, Nos souvenirs, le dernier long métrage de Van Sant, pointe le bout de son nez, avec au casting Matthew McConaughey, Ken Watanabe et Naomi Watts... Trois acteurs que j'aime beaucoup, un réalisateur qui malgré tout continue de m'intriguer et un synopsis qui parle de la forêt Aokigahara, la tristement célèbre forêt des suicides, l'un des lieux au Japon qui me fascine le plus. Il ne m'en a pas fallu plus pour attiser mon envie et ma curiosité !



Nos souvenirs est une histoire à deux temps, qui jongle du passé au présent pour nous reconstruire les derniers mois d'Arthur Brennan et expliquer sa présence à Aokigahara. Les souvenirs laissent place aux scènes dans la forêt, puis à d'autres souvenirs. Avec son atmosphère fantasmagorique, ses arbres tordus et ses légendes obscures, j'ai trouvé qu'Aokigahara était un lieu totalement en osmose avec la réalisation de Gus Van Sant. Ça se marie à la perfection avec le style lent et contemplatif du réalisateur, à cette aura un peu mystique qui englobe les longs silences dont il sait si bien ponctuer ses films.



Le film possède de nombreuses longueurs mais qui s'accueillent plaisamment plus qu'elles ne se subissent. Des plans de la forêt dans la brume ou du soleil qui joue dans le feuillage des arbres en passant par les dialogues (parfois silencieux) qui prennent leur temps, rien ne m'a ennuyé dans Nos souvenirs. Au contraire, on se laisse saisir par le calme, l'élégance et la poésie de l'histoire, par les nombreuses symboliques qui se recoupent, donnant à la trame des allures de conte initiatique ou de cheminement existentiel sur fond de rédemption.



Certains reprocheront sans doute à Gus Van Sant d'être tombé dans la facilité avec un cheminement parfois trop évidement et un côté allégorique poussé à l'extrême, pour ma part, je n'ai eu aucun mal à me plonger dans les souvenirs d'Arthur Brennan ou à me perdre à ses côtés dans Aokigahara (et il faut dire qu'il est difficile de ne pas se laisser embarquer par un personnage interprété par Matthew McConaughey, c'est un acteur qui dégage énormément et qu'il est fascinant de voir jouer). En tout cas, Nos souvenirs est le film qui me réconcilie avec le réalisateur (Peut-être pour l'avoir trouvé plus acceccible ? Peut-être pour Aokigahara ? Peut-être parce que je suis une inconditionnelle des quêtes existentielles pleines de symboliques ?) et qui me donne envie d'aller découvrir d'autres de ces films le plus rapidement possible.



jeudi 10 septembre 2015

[Livre] Réparer les vivants de Maylis De Kerangal

Gallimard - Folio, 2015
300 pages
Date de parution originale : 2 janvier 2014

Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

18/20

Je ressens cette impression de vouloir dire plein de choses tout en ne sachant pas comment les formuler. Ce roman m'a pris par surprise, il m'intriguait mais je n'en attendais rien. Je ne m'attendais pas à ce que son histoire me percute aussi violemment.

Lire les premières pages de Réparer les vivants, c'est accepter d'être pris dans l'engrenage, accepter de devenir spectateur, heure après heure, du chamboulement de nombreuses vies, du processus incroyablement complexe du don d'organes et de la transplantation cardiaque. 
« Ils sont l'ombre d'eux-mêmes aurait-on dit pour les décrire, la banalité de l'expression relevant moins de la désagrégation intérieure de ce couple que soulignant ce qu'ils étaient encore le matin même, un homme et une femme debout dans le monde, et à les voir marcher côte à côte sur le sol laqué de lumière froide, chacun pouvait saisir que désormais ces deux-là poursuivaient la trajectoire amorcée quelques heures auparavant, ne vivaient déjà plus tout à fait dans le même monde que Cordélia et les autres habitants de la Terre, mais effectivement s'en éloignaient, s'en absentaient, et se déplaçaient vers un autre domaine, qui était peut-être celui où survivaient un temps, ensemble et inconsolables, ceux qui avaient perdu un enfant. »
On vit l'histoire au côté de personnages avec lesquels l'empathie ne se fait pas attendre. Dès le début, on est pris dans la toile. On nous les présente tous, leur nom d'abord, puis leur vie, par des anecdotes, ces détails qui semblent insignifiants et, au contraire, ces autres détails qui font tout. 
Et puis, on nous présente également le côté plus médicalisé de l'événement. Les formalités, les processus, les opérations. Le mécanisme alambiqué de reconstruction d'un corps par un autre. On en apprend beaucoup, mais, et c'est un aspect du roman que j'ai beaucoup apprécié, l'auteur veille à ne jamais faire un constat froid et médical de la situation. Il y a une facette très humaine dans cette histoire. C'est un drame pour certains, une lueur d'espoir pour d'autres, et tous restent humains et c'est avec profondément d'humanité que le sujet est traité. 
« Si c'est un don, il est tout de même d'un genre spécial, pense-t-elle. Il n'y a pas de donneur dans cette opération, personne n'a eu l'intention de faire un don, et de même il n'y a pas de donataire, puisqu'elle n'est pas en mesure de refuser l'organe, elle doit le recevoir si elle veut survivre, alors quoi, qu'est-ce que c'est ? La remise en circulation d'un organe qui pouvait encore faire usage, assurer son boulot de pompe ? »
Si l'écriture de Maylis de Kerangal me laissait songeuse au début par sa nature très dense (de longues phrases aux nombreuses propositions qui s'étirent inlassablement, pouvant même, parfois, faire la taille d'une page entière), ce style effréné nous entraîne sans relâche dans ces quelques jours décisifs avec une poésie et un sens réflexif qui m'ont beaucoup impressionnés. L'écriture est consistante mais on s'y noie allègrement.
« Un pan de sa vie, un pan massif, encore chaud, compact, se détache du présent pour chavirer dans un temps révolu, pour y chuter, et disparaître. Elle discerne des éboulements, des glissements de terrain, des failles qui sectionnent le sol sous ses pieds : quelque chose se referme, quelque chose se place désormais hors d'atteinte - un morceau de falaise se sépare du plateau et s'effondre dans la mer, une presqu'île lentement s'arrache du continent et dérive vers le large, solitaire, la porte d'une caverne merveilleuse est soudain obstruée par un rocher -; le passé a soudain grossi d'un coup, ogre bâfreur de vie, et le présent n'est qu'un seuil ultramince, une ligne au-delà de laquelle il n'y a plus rien de connu. La sonnerie du téléphone a fendu la continuité du temps, et devant le miroir où se fixe son image, les mains cramponnées au lavabo, Marianne se pétrifie sous le choc. »
Réparer les vivants est de ces romans qui frappent, tant par leur sujet qui mérite d'être abordé que par la façon dont ceux-ci sont traités. Le réalisme qui se dégage de l'histoire est tel, que j'en ai souvent pleuré, heurté par la sincérité des mots que j'avais sous les yeux, par la violence et la douleur de la perte, la difficulté d'accepter un processus comme le don d'organes (que ce soit pour les proches du donneurs ou pour le receveur d'ailleurs). 
Cette lecture commune du mois de septembre sur Booknode est un vrai livre coup de poing. Il m'a touché, m'a fait réfléchir et va me rester à l'esprit un moment.



samedi 5 septembre 2015

[Film] Much Loved de Nabil Ayouch

Marocain, Français - 1h44
Sortie en France le 16 septembre 2015
Avec : Loubna Abidar, Halima Karaouane, Asmaa Lazrak

Marrakech aujourd'hui. Noha, Randa, Soukaina, Hlima et les autres vivent d’amours tarifés. Ce sont des putes, des objets de désir. Les chairs se montrent, les corps s’exhibent et s’excitent, l’argent circule aux rythmes des plaisirs et des humiliations subies. Mais joyeuses et complices, dignes et émancipées dans leur royaume de femmes, elles surmontent la violence d’une société marocaine qui les utilise tout en les condamnant.

16/20


Je connaissais déjà Nabil Ayouch à travers son premier film, Ali Zaoua, prince de la rue, que j'avais eu la chance de voir au cinéma avec mon collège et qui avait été un énorme coup de coeur et aussi, du haut des mes douze ans, un de mes premiers  films étrangers en VO. On ressentait déjà la volonté du réalisateur de dénoncer une société injuste, dénigrant les plus démunis. C'est tout à fait ce que l'on retrouve dans Much Loved, à travers, cette fois, le sujet de la prostitution au Maroc.



Nabil Ayouch prend le parti de montrer cette prostitution connue de tous, mais qui reste un sujet tabou dans le pays, avec une véracité percutante. Le scénario, écrit en présence et grâce aux témoignages de quatre jeunes femmes, nous plonge en plein dans le calvaire vaincue au quotidien par des milliers de jeunes filles marocaines. Rien n'a été modifié, tronqué, voire même édulcoré. Le film est fort car il ne déforme rien et colle habilement à une réalité qu'il confronte au regard du spectateur, occidental ou oriental d'ailleurs. Car si le film s'adresse à un public marocain au premier abord, il est également frappant de le regarder d'un autre point de vue. La prostitution des jeunes femmes étant, après tout, un sujet mondial qui ne se borne pas aux frontières d'un pays.

Le propos du film se base donc sur le quotidien de ces jeunes femmes à qui ont promet un avenir lumineux et qui se retrouvent piégées dans le labyrinthe sinueux de la prostitution, parfois même alors qu'elles rentrent à peine dans l'adolescence. On sent la difficulté de se sortir d'un tel système, la violence à laquelle elles courent le risque d'être confrontées en permanence, le rejet des gens face à leur mode de vie. Il y a d'ailleurs une certaine hypocrisie dans cette société qui accepte que le monde de la prostitution existe, mais qui cherche absolument à la taire. Ainsi, le film montre les dessous de cet univers sans chercher à en cacher aucun aspect. De la pornographie, à la violence des gestes, des paroles en passant par la dépravation à laquelle ces jeunes femmes se retrouvent obligée, le film vise en plein dans le mille pour heurter les gens... et pour déranger ! On comprend sans mal pourquoi le film a tant fait polémique, notamment au Maroc où il est interdit de diffusion et où les actrices ont reçu de nombreuses menaces de mort...

Les actrices (et acteurs) du film ne déméritent pas en effet, ils sont très bons dans leur rôle, se glissent à la perfection dans les personnages de ces jeunes femmes (et de ces jeunes hommes homosexuels également, puisque le film aborde aussi cet aspect) en quête d'un avenir plus coloré. L'actrice principale, Loubna Abidar m'a beaucoup impressionnée. Dans le film, mais également lors de la projection à laquelle elle assistait, dans son discours et dans les répercussions que son rôle a eu sur sa vie. Elle mérite amplement le prix d'interprétation féminine du FFA.

Avec un véritable sujet tabou qui mérite d'être abordé, Much Loved n'est pas un documentaire mais une fiction, qui ne pouvait cependant que faire du bruit. J'ai bien cru que le film finirait par me passer sous le nez ; grâce à mon manque d'organisation, j'ai failli le louper plusieurs fois... mais j'ai finalement réussi à me glisser in extremis à la dernière projection lors du festival ! Gagnant du Valois d'or, il aurait été dommage de le rater, Much Loved est sans doute le film qui, durant cette semaine du FFA, m'aura le plus marqué.




jeudi 19 mars 2015

[Film] Cake de Daniel Barnz

Américain - 1h42
Sortie en France le 8 avril 2015
Avec : Jennifer Aniston,  Sam Worthington, Adrianna Barraza

Claire Bennett va mal. Il n'y a qu'à voir ses cicatrices et ses grimaces de douleur dès qu'elle fait un geste pour comprendre qu'elle souffre physiquement. Elle ne parvient guère mieux à dissimuler son mal-être affectif. Cassante et parfois même insultante, Claire cède à l'agressivité et à la colère avec tous ceux qui l'approchent. Son mari et ses amis ont pris leurs distances avec elle, et même son groupe de soutien l'a rejetée. Profondément seule, Claire ne peut plus compter que sur la présence de sa femme de ménage Silvana, qui supporte difficilement de voir sa patronne accro à l'alcool et aux tranquillisants. Mais le suicide de Nina , qui faisait partie de son groupe de soutien, déclenche chez Claire une nouvelle fixation.

15/20

S'il est vrai que l'on a peu l'habitude de voir Jennifer Aniston dans ce registre de film (ce qui prête à la curiosité d'ailleurs), ce n'est pas vraiment pour l'actrice que j'ai eu envie de regarder Cake, mais surtout pour l'affiche avec son image voilée et son titre un peu en opposition qui m'ont, tout deux, réellement intriguée. J'étais loin de me douter de ce qu'il se cachait derrière tout ça.

Claire est une femme brisée. Les cicatrices sur son visage et les grimaces au moindre de ses mouvements le prouvent. Se déplacer lui coûte, être assise est un enfer. Heureusement, il y a les analgésiques et l'alcool pour clamer à son corps de se taire. 
Mais les cicatrices de Claire ne sont pas que physiques. Moralement, elle est également sacrément esquintée. Et surtout, elle est en colère. Agressive et tranchante, malgré ses blessures, on a parfois du mal à ne pas la trouver haïssable. Pour dire les choses clairement, c'est une vraie garce. 
Abîmée mais détestable, elle a, au fil du temps, érigé un mur entre elle et les autres. Distanciant de son ton cassant et de son attitude déplaisante tous ceux qui souhaitaient l'aider, de ses amis à son mari en passant par son groupe de soutien, elle se retrouve seule, chaperonner néanmoins par Silvana, sa femme de ménage qui supporte stoïquement l'hostilité de sa patronne à qui elle reste très attachée.



Si Jennifer Aniston n'est pas une actrice dont la filmographie m'aura marquée jusqu'à présent, elle est, dans Cake, impressionnante. Parfaitement dans la maîtrise de son rôle, elle arrive à transmettre aux spectateurs la panoplie d'émotions qui l'entourent. Colère, douleur, antipathie, tristesse, injustice, courage : les sentiments sont au rendez-vous... peut-être même parfois trop. Si durant une grande partie du film le dosage est contrôlé, certaines scènes tombent peut-être un peu vite dans le larmoyant. Le film étant fait pour émouvoir, ce n'est pas réellement gênant et on passe vite sur ce trop plein de compassion qui aurait tendance à apitoyer plus qu'à toucher.





La dégringolade de Claire prend une tournure différente le jour où Nina (jouée par Anna Kendrick qui a décidément la côte en ce moment), une des femmes de son groupe de soutien, se suicide. L'événement agit comme un déclencheur. Obsédée par Nina, le quotidien de Claire s'en retrouve bouleversé. De plus en plus accro aux médicaments, elle en vient même à voir Nina apparaître en rêve ou sous forme d'hallucination. La fraîcheur d'Anna Kendrick et son air sarcastique apporte d'ailleurs une touche d'humour et d'absurde qui sort, l'espace de quelques scènes, de l'aspect dramatique du film.




Claire se met à enquêter sur cette femme qu'elle ne connaissait en réalité pas vraiment, allant jusqu'à s’immiscer dans la vie de son mari désormais veuf (Sam Worthington) ainsi que de son fils. Que pensait Nina avant de mourir ? Était-elle sûre de son geste ? Claire se pose des questions sur la mort de Nina et ses derniers instants, des questions auxquelles elle est bien décidée à obtenir des réponses. 
Munie d'un nouveau but, elle se hisse peu à peu hors de son train train médicamenteux, avec l'aide de Silvana toujours à ses côtés. Celle-ci est interprétée par Adriana Barraza qui m'avait déjà beaucoup touchée dans Babel d'Alejandro González Inárritu et j'étais très contente de la retrouver ici dans un rôle tout aussi émouvant et plein d'abnégation. 

Daniel Barnz signe ici long métrage touchant sur la façon dont le chagrin transforme et la difficulté de vivre avec sa douleur, qu'elle soit physique et morale. Il y a un beau message à faire passer et la sincérité des acteurs participent grandement à la profondeur du film.