Affichage des articles dont le libellé est Science-fiction. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Science-fiction. Afficher tous les articles

lundi 28 mars 2016

[Livre] Involution de Johan Heliot

J'ai lu - 2015
220 pages
Date de parution originale : 15 janvier 2014

 L’AMAS – pour Anomalie Magnétique de l’Atlantique Sud – préoccupe les scientifiques du monde entier : si ce qu’enregistrent les instruments de mesure est avéré, on a peut-être affaire à un phénomène géophysique d’une ampleur inégalée depuis l’extinction des dinosaures. Les villes du continent sud-américain sont les premières à en percevoir les effets : à São Paulo, tous les appareils de communication commencent à se dérégler. Pas de chance pour Vincent, un Français qui vient juste d’être embauché par Globo, le nouveau géant brésilien de l’internet mondialisé ; ni pour Chloé, son ex, venue avant lui au Brésil pour fuir leur relation moribonde. C’est même encore pire pour la jeune femme : responsable du projet de forage pétrolier le plus ambitieux jamais conçu, elle se trouve aux premières loges pour assister à l’Apocalypse...
(Source : J'ai lu)

13/20


Qu'il partait bien ce roman ! Une touche d'anticipation (des décennies après la notre), une touche de SF avec les avancées technologiques qui vont avec (dont Globo, ce merveilleux moteur de recherche intelligent) et un début de scénario de catastrophe naturelle comme je les aime (mettant en jeu le géomagnétisme et l'Anomalie magnétique de l'Atlantique Sud pour ceux que ça intéressent). Mais encore aurait-il fallu exploiter tous ces éléments correctement, et Involution me laisse au final, un sale goût d'inachevé.

« Depuis les débuts de notre civilisation, on s'est habitués à l'idée même de notre permanence – je te parle du vulgum pecus, pas du timbré millénariste. C'est pourtant une erreur du point de vue de l'évolution. La plupart des gens croient dur comme fer qu'on est là pour toujours, du moins pour très longtemps. Même si on sait qu'un jour le Soleil finira par mettre le holà à cette petite plaisanterie cosmique appelée la vie, qui se lève en y pensant sérieusement ? »

Prenons la construction de l'histoire pour commencer. L'intercalation entre les chapitres de morceaux d'articles parus sur le web sur les événements qui se déroulent est sympa, certes. Ça donne un point de vue plus général sur ce qui arrive et permet de mieux situer le contexte de l'histoire. Mais c'est surtout nécessaire car on en a bien besoin, vu le nombre d'ellipses et de détails qui passent à la trappe : on a parfois du mal à comprendre comment tout peut s'enchaîner si facilement. Le format court du roman s'explique alors (seulement 220 pages), il aurait peut-être fallu étoffer au lieu d'aller si vite en besogne.

« Qui a jamais vraiment accepté de se considérer à titre individuel comme un simple incident dans le jeu complexe de l'évolution ? »

Il en résulte que le roman a très peu de rythme. On se contente de suivre les événements, comme s'ils nous étaient exposés, plutôt que de les vivre avec les personnages. Des personnages qui manquent également de consistance. On n'a pas le temps d'apprendre à réellement les connaître ou à les apprécier. Ils nous sont présentés rapidement : Vincent, l'ex-mari, Chloé, son ex-femme, Sébastien, un petit génie milliardaire et César, un malfrat brésilien, baron de la drogue. Tous, expédiés en quelques pages.

« L'univers des abysses demeure un mystère à de nombreux points de vue, mais pas autant que celui des entrailles de la Terre. Un siècle et demi plus tôt, Jules Verne les avait peuplé d'une vie foisonnante. Une idée peut-être pas si absurde, d'ailleurs. La découverte de forme de vie extrêmophiles, capables de supporter d'énormes pressions et des températures élevées, a depuis relancé le débat. Bien sûr, plus personne ne rêve de dinosaures ou de créatures disparues de la surface, mais d'organismes unicellulaires , de bactéries plus âgées encore que ces bons vieux sauriens géants – plus résistantes, en somme, parce que discrètes et adaptées aux pires conditions d'existence concevables. »

Mais ce qui m'a le plus dérangé finalement, ce n'est pas forcément comment l'histoire est écrite, mais l'histoire en elle-même. Si je la trouvais très intéressante au début, le retournement de situation assez conséquent qui arrive en plein milieu m'a laissé complémentent dubitative (pour éviter de spoiler, je ne dirais pas de quoi il s'agit, ceux qui auront lu le livre comprendront, ceux qui seraient curieux de le savoir, n'auront qu'à jeter un coup d’œil au roman). Pour dire les choses clairement : ça sort de nulle part et ça ne fait aucun sens. Surtout que tout le monde accepte très facilement tout ce qui se passe ce qui semble totalement abracadabrant (la faute aux ellipses je présume, qui ne permettent pas de voir la situation évoluer correctement).

Malgré les sujets évoqués qui auraient pu être fascinants (notamment les questions sur tout ce qui touche à l'évolution humaine et technologique), ce petit roman de science-fiction sous forme de techno-thriller est loin de m'avoir convaincu avec son histoire bien trop fade et son manque de réalisme (ou de crédibilité du moins).





lundi 14 mars 2016

[Livre] Les Femmes de Stepford d'Ira Levin

J'ai lu, 1976
160 pages
Date de parution originale : septembre 1972
Titre VO : The Stepford wives

Qu'arrive-t-il donc aux femmes de Stepford ? Ont-elles toujours été, ainsi que Joanna les découvre en s'installant dans cette ville, de véritables poupées ménagères, uniquement préoccupées de l'entretien de leur intérieur et du bien-être de leur famille ? Ou alors sont-elles victimes de leurs maris, tous adhérents du « Club des Hommes », qui se réunissent chaque soir dans une vieille bâtisse mystérieuse interdite aux femmes ? Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l'aide de deux amies nouvellement arrivées. Quelle n'est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l'image des autres femmes de la ville. L'inquiétude devient rapidement de l'angoisse... Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, climatisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?
(Source : J'ai lu)

14/20

J'aime beaucoup voir des auteurs s'attaquer au machisme et briser les codes du cliché de la femme au foyer destinée à s'occuper de la maison, des enfants, et de son tendre époux. Ici, Joanna et sa famille débarque à Stepford, une petite ville calme, propre et bien rangée, peut-être même un peu trop, comme notre héroïne ne tarde pas à le remarquer. Car à Stepford, il semblerait que chaque épouse se soit transformée en parfaite ménagère, ce qui met vite la puce à l'oreille de Joanna : la jolie ville cache un secret, et il semblerait même que les maris aient quelque chose à voir là-dedans...

« Les villes, déclara-t-elle, se créent peu à peu leur propre personnalité en fonction des gens qui choisissent d'y vivre. »

Ira Levin fait partie de ses auteurs caméléon qui sont capables d'écrire des histoires de tous les genres. De l'anticipation au fantastique, le voici ici dans une SF très diffuse, à peine présente même, qui sert juste de possible explication à son histoire. Le reste tient plus du thriller, avec un suspense qui monte graduellement jusqu'au dénouement du livre. On est curieux de découvrir la drôle de machination qui se cache derrière tout ça, ce fameux complot qui m'a beaucoup fait penser à Rosemary's Baby, à croire qu'Ira Levin aime mettre des femmes au cœur de ses idées tordues.

« Que dites-vous de la blancheur de ma lessive ? demanda-t-elle toute fière de ranger le jersey aux plis impeccables dans le panier à linge. Telle une actrice publicitaire. En fait, elle l'était, comprit brusquement Joanna. Elles l'étaient toutes, sans exemption, ces femmes de Stepford. Des actrices de bande publicitaire, ravies de leur choix en matière de lessive, cire et produits de nettoyage ; de leurs shampooings comme de leurs désodorisants. De jolies actrices, fortes de poitrine mais faibles de talent, qui jouaient sans conviction les ménagères de banlieue, trop chochottes pour être vraies. »

Du reste, si j'ai apprécié ma lecture, je regrette les quelques facilités prises par l'histoire, notamment la déconcertante facilité de Joannah à déduire et accepter des hypothèses un brin tirées par les cheveux, ainsi que la fin qui, bouclant la boucle, est assez ironique, mais arrive tout de même très rapidement. On aurait peut-être aimé un peu plus d'explications.

Le roman reste agréable à lire, et si ceux qui ne connaissent pas Ira Levin seront peut-être déçus par cette première approche, ceux qui aiment l'auteur passeront certainement un bon moment.





lundi 2 novembre 2015

[Livre] Les profondeurs de la Terre de Robert Silverberg

Lgf - Le livre de poche, 2012
285 pages
Date de parution originale : 1970
Titre VO : Downward to the Earth

Ancien administrateur colonial de Belzagor, Gundersen revient sur cette planète après qu'elle ait obtenu son indépendance. Il voudrait renouer avec son passé et trouver la paix en expiant ses fautes et toutes celles commises sur ce monde par les terriens. C'est pourquoi il s'enfonce dans la jungle épaisse et profonde, à la recherche d'un mystérieux Pays de la Transformation. Il espère y découvrir aussi le secret de l'entente des deux espèces intelligentes de Belzagor, les Nildoror herbivores qui ressemblent un peu à des éléphants et les Sulidoror carnivores, bipèdes humanoïdes. Car tout se tient dans la vie sur ce monde. Et bien plus qu'il ne le croit.

15/20

Lu sur un coup de tête et pour un challenge, la quatrième de couverture m'avait donné quelques réticences : le roman est court et l'univers semblait dense à assimiler en si peu de pages. Pourtant, dès les premières lignes, j'ai vite compris que, décidément, chaque roman de Robert Silverberg est une surprise.
« Il était finalement sur la Terre de Holman. Il ne savait d'ailleurs pas trop pourquoi. Peut-être à cause d'une attirance irrésistible ; peut-être par sentimentalité ; ou peut-être même sur un coup de tête. Gundersen n'avait jamais envisagé de revenir sur cette planète. Et pourtant, il était là, debout devant l'écran panoramique, attendant l'atterrissage, contemplant la sphère qui était assez proche pour qu'il pût la prendre et l'écraser dans sa main. Un monde légèrement plus gros que la Terre, un monde qui lui avait pris les dix plus belles années de sa vie, un monde où il appris sur lui-même des choses qu'il aurait préféré ne pas connaître. »
Greffant un discours post-colonialiste sur une histoire de science-fiction, Silverberg nous propose un voyage sur la planète Belzagor, ancienne colonie terrestre désormais abandonnée. Gundersen, ancien administrateur dans cette colonie, retourne sur la planète des années après que les humains l'aient quitté... et des années après que les peuples autochtones aient repris leurs droits sur leur monde.
« Il existe sur chaque monde certaines cases qui doivent être remplies. La Création suit partout les mêmes chemins. »
Il y a un véritable cheminement de pensée vis-à-vis du colonialisme et de la nature des hommes. Durant toute l'histoire, qui finit, pour Gundersen, par prendre des allures de quête initiatique et identitaire, le personnage est amené à s'interroger sur la nature humaine et sur la prétendue domination des hommes. Au contact des deux races autochtones pré-dominantes, les Nildoror et les Sulidoror, ses idées évoluent et la prise de conscience est flagrante. J'ai beaucoup aimé suivre l'évolution de la pensée de Gundersen selon ses rencontres, des rares humains vivant encore sur Belzagor, aux Nildoror qui l'accompagnent durant une partie de son voyage.
« À quoi cela nous mène-t-il ? Pourquoi ne pouvons-nous nous entraider ? Nous sommes deux êtres humains perdus sur un monde bien plus étrange et bien plus mystérieux que la plupart des gens le croient ; si nous ne pouvons nous donner mutuellement de l’aide et du réconfort, à quoi servent les liens de l’humanité ? »
Tout au long du roman, on retrouve vraiment le style de l'auteur, ce genre de SF pleine de détails, qui tourne autour d'un univers très complet... mais qui reste très simple à comprendre et à savourer. Les descriptions de Belzagor, de sa faune et de sa flore, sont magnifiques et très détaillées, on imagine sans mal toutes les singularités de ce monde un brin mystique dans lequel Gundersen entame une quête qui le changera à jamais.

Un périple riche en enseignements dans un univers fascinant. Robert Silverberg fait désormais partie de ces auteurs dont j'attaquerai un roman sans la moindre appréhension.




mercredi 28 octobre 2015

[Livre] H2G2, tome 2 : Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde de Douglas Adams

Gallimard - Folio SF, 2000
224 pages
Date de parution originale : 1 juin 1980
Titre VO : The restaurant at the end of the universe

Pas de panique ! Votre Guide galactique en poche, vous voilà prêt à affronter les pires épreuves que recèlent les gouffres de l'espace : le Vortex à Perspective Totale, les concerts d'Oscar Paulette (fameux chanteur de plutôt-rock cataclysmique), les Allègres Transports Verticaux de la Cybernétique de Sirius, et... le plat du jour du Dernier restaurant avant la fin du monde. Bon appétit et bonne route !

14/20

Un an après avoir lu le premier tome d'H2G2, je me décide enfin à attaquer la suite. Il m'en aura fallu du temps pour aller le visiter, ce fameux restaurant de la fin du monde. Il faut dire qu'après un premier tome haut en couleurs et bourré d'humour, j'avais un peu peur d'être déçue par une suite qui ne serait pas aussi bonne. 
Et ce fut malheureusement le cas.
« D’après une théorie, le jour où quelqu’un découvrira exactement à quoi sert l’Univers et pourquoi il est là, ledit Univers disparaîtra sur-le-champ pour se voir remplacé par quelque chose de considérablement plus inexplicable et bizarre.Selon une autre théorie, la chose se serait en fait déjà produite. »
On retrouve dans ce deuxième roman l'humour et l'absurde qui marchent si bien dans cette saga et qui lui donnent toute son originalité. J'ai beaucoup aimé retrouvé les personnages, leurs manies, leur nonchalance, leur cynisme et l'univers de SF si original et farfelu dans lequel ils évoluent.
« L’Univers (comme on a déjà pu l’observer) est un endroit aux dimensions considérablement inquiétantes par leur gigantisme (un fait que, pour leur petit confort personnel, la plupart des gens ont tendance à vouloir ignorer). »
Mais (puisqu'il y a bien sûr un "mais"), c'est l'histoire qui pêche en ce qui me concerne. Trop abracadabrante, elle m'a souvent perdue. C'était bien parti pourtant, le premier chapitre est un concentré de tout ce que j'avais aimé dans le premier tome. Mais bien vite, mon intérêt s'est un peu éteint. J'ai bien aimé l'idée de ce restaurant perdu dans sa boucle temporelle, ou les idées sur la théorie de l'évolution. Pour le reste, j'aurais aimé quelque chose de plus linéaire, qui se perde moins dans des histoires parallèles.
« L’Histoire de toute civilisation galactique de quelque importance tend à traverser trois stades distinctement reconnaissables : celui de la Survie, celui de la Recherche, enfin celui de la Sophistication, également connus sous le nom de stades du Comment, du Pourquoi et du Où ? Par exemple, le premier stade est caractérisé par la question : Comment manger ? le second, par la question : Pourquoi manger ? et le troisième par la question : Où va-t-on bien déjeuner ? »
Bon, heureusement tout n'est pas à jeter (bien au contraire) et il faut reconnaître à Douglas Adams sont esprit délicieusement loufoque. Ça a au moins le mérite de faire passer un bon moment de lecture, tout en humour et légèreté. À voir ce que donnera le troisième tome.



dimanche 26 avril 2015

[Livre] L'homme dans le labyrinthe de Robert Silverberg

J'ai lu, 2007 - 320 pages
Date de parution originale : 1969
Titre Vo : The Man in the Maze

Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d'une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l'y rejoindre par la suite avaient été massacrés. Aujourd'hui, Ned Rawlins vient d'atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l'ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l'avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels. Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d'accomplir sa mission ?

15/20

Robert Silveberg dort dans ma bibliothèque depuis presque deux ans sous la forme d'un de ses recueils de nouvelles : Né avec les morts. J'ai toujours repoussé cette lecture et il aura fallu qu'une lecture commune sur L'homme dans le labyrinthe pointe le bout de son nez pour qu'enfin, je me décide à lire un premier livre de l'auteur. Il faut dire que le titre intrigue et que le résumé est aguichant. Alors, prêts à tenter le voyage dans le labyrinthe ?

Un point sur l'histoire d'abord ! On suit l'arrivée d'un vaisseau sur une planète. À son bord, tout un équipage de terriens dirigés par un certain Broadman. Le groupe d'hommes a pour objectif de venir récupérer un homme, en exil sur la planète depuis près de neuf ans. L'homme en question, Muller, a trouvé refuge au fin fond d'un labyrinthe aussi gigantesque que dangereux. Le parcours pour arriver jusqu'à lui n'est pas sans danger et pourtant, l'enjeux est crucial : les hommes ont besoin de Muller et de son étrange capacité, il est l'un des seuls espoirs de la Terre...



L'histoire s'axe sur trois personnages principaux que l'auteur prend soin de développer. Muller, figure du héros fort et rejeté, Rawlins qui incarne la jeunesse et la sensibilité et enfin, Broadman, l'homme âgé, calculateur et rusé. On reste dans des bases très classique, mais ça fonctionne. Au travers eux, leurs personnalité respective et leurs ambitions, Silveberg dresse des réflexions poussées sur la nature profonde des hommes, sur ce fameux Hybris (la démesure amenée par l’orgueil) que le personnage de Muller, dans son ambition des étoiles, représente parfaitement. Muller, ce héros déchu devenu néfaste et rejeté par les hommes. Les flash-backs nous sortent un temps du huis-clos du labyrinthe et permettent de suivre le cheminement du personnage de Muller et comprendre sa situation actuelle. Car l'homme est affligé d'un mal immonde, celui de transmettre aux gens sous forme d'émotions, de ressentis ce qu'il y a de pire chez l'homme : colère, dépression, dégoût et j'en passe. J'aime beaucoup l'idée de cette pathologie très mystérieuse (et très humaine aussi) qui ronge le héros, l'amène à rejeter le genre humain pour ce qu'il représente, autant que celui-ci l'a rejeté par le passé. C'est assez violent comme façon de concevoir les choses. 
« Rawlins, en un éclair, avait pris conscience des discordes et des troubles qui étaient le sort commun : les chances gâchées, les amours ratées, les paroles trompeuses, les douleurs injustes, les désirs, les envies, les convoitises coupables, la morsure de la faim, les frustrations qui rongent et brûlent la chaîne du temps, la mort des petits insectes en hiver, les larmes des choses. Il avait reçu d'un coup le vieillissement, l'affaiblissement, l'impotence, la fureur, l'abandon, la solitude, l'isolement, la désolation, la rage impuissante et la folie. C'était un hurlement silencieux criant la colère cosmique. »
Mais plus que seulement l'histoire, il y a son concept. Le nom de la planète où se déroule une grande partie de l'aventure ne laisse planer aucun doute. Lemnos . Ou encore l'Île Lemnos d'un célèbre mythe écrit par Sophocle. L'histoire est en effet une réécriture parfaite du mythe de Philoctète, chaque élément et personnage étant transposé avec beaucoup de brillo dans un univers de science-fiction qu'il est fascinant de découvrir. Muller est ainsi Philoctète, le personnage de Néoptolème prend ici les traits de Rawlins, quant à Broadman, ce n'est pas moins que le rôle du grand Ulysse dont il se retrouve affublé. 
Cet aspect mythologique omniprésent est réellement intéressant, surtout associé à un thème tel que la SF, les deux n'étant pas toujours aussi éloignés qu'on peut le croire. Comme quoi, que ce soit dans l'Antiquité ou dans un futur très éloigné, les préoccupations et grands sujets de questionnement des hommes gardent globalement la même essence. L'homme et sa complexité peuvent se révéler intemporels !
« Vous voyez la vérité a éclaté. Je n'étais pas un dieu. Seulement un pauvre homme mortel qui avait subi des désillusions à propos de sa déité. Les dieux véritables ont compris qu'il fallait que j'apprenne ma leçon jusqu'au bout. Ils ont décidé qu'il faudrait que je me souvienne toujours de la bête misérable cachée sous la couche d'épiderme. Surtout, ne jamais oublier l'animal sous la dépouille humaine. »
Et puis bien sûr, il y a cet élément central : le Labyrinthe. Quoi de plus symbolique ?  C'était l'élément parfait à incruster à cette réécriture. Image de la connaissance, de la résurrection, des obstacles à surmonter. Le Labyrinthe est un lieu d'épreuves, qui nous change et dans lequel on se retrouve. Et ici, des épreuves, il y en a à la pelle. C'est armé de courage et de forces morales et physique qu'il faut tenter le périple. J'ai beaucoup aimé le cheminement dans ces passages tortueux pleins de pièges et de créatures horribles venues d'un autre monde, dans cette impressionnante construction qui semble douée d'une volonté propre (pourtant minutieusement orchestrée) et qui fascine autant qu'elle fait froid dans le dos. Une chose est certaine, en y mettant les pieds, les personnages n'en ressortiront pas indemnes.

L'univers proposé par Silveberg est très cohérent, tout y est minutieusement expliqué. J'aime beaucoup ce genre de science-fiction, pleine d'une complexité pourtant très simple à assimiler. Silveberg sait nous capturer dans les mondes qu'il invente. À travers cette science-fiction, il met sur le tapis d'une façon assez intéressante l'importance accordée à l'image et à l'apparence dans cette société où la bienséance passe par le fait d'afficher sa beauté, sa jeunesse aux autres en entretenant son corps par le biais de remodelages et de toutes les technologies de l'époque. Un époque axée vers une nécessité d'aller toujours plus loin dans la découverte de nouveaux mondes, de nouvelles intelligences et où les besoins les plus élémentaires peuvent être satisfaits pas des machines... un futur assez terne et très artificiel en fin de compte.
« On prétend que notre époque offre le plus grand champ à l'existence humaine, mais je crois qu'un homme gagne plus à connaitre chaque grain de sable doré d'une île du Pacifique que de passer sa vie à bourlinguer ainsi, de monde en monde. »
J'ai beaucoup aimé cette lecture, elle amorce ma découverte de l'auteur et m'a rendu très curieuse de découvrir d'autres de ses romans. L'histoire m'a captivée, je l'ai dévoré le temps d'une nuit. Au fur et à mesure que l'intrigue se tisse, on se fait, nous aussi un peu prendre au piège au sein de ce labyrinthe servant de théâtre à cette tragédie futuriste....




mardi 10 mars 2015

[Film] Chappie de Neill Blomkamp


Américain - 2h00
Sortie en France le 4 mars 2015
Avec : Sharlto Copley, Dev Patel, Hugh Jackman
Après avoir été kidnappé à la naissance par deux criminels, Chappie devient le fils adoptif d’une étrange famille dysfonctionnelle. Chappie a été doté d’un pouvoir exceptionnel. Un vrai prodige. Mais Chappie est aussi accessoirement un robot…

15/20

Beaucoup de films que j'ai envie de voir sont au cinéma en ce moment. Dimanche soir dernier, pour réussir à me décider sur lequel aller voir, il a fallu que je demande à quelqu'un de choisir au hasard à ma place. Le hasard est tombé sur le dernier film de Neill Blomkamp : Chappie.

J'avais repéré le film depuis un moment, surtout à cause de Dev Patel en tête d'affiche (que j'aime beaucoup depuis Slumdog Millionaire) et j'avais fait attention à ne surtout pas regarder la bande-annonce (malgré le fait qu'elle me sautait à la figure à chaque fois que j'allais sur un site internet).
Je suis donc arrivée dimanche à ma séance en ne sachant pas réellement de quoi le film allait parler. Passé le début du film et le moment d'hésitation devant les "Mega Gangstas de la Mort" qui m'ont fait me demander devant quoi j'avais encore bien pu atterrir, l'arrivée de Chappie a radicalement changé mon appréciation du film.



J'ai adoré Chappie. L'innocence qu'il dégage, les questions qu'il se pose, les réflexions qui sont posées à travers son existence. Si Dev Patel et Hugh Jackman sont tagués comme étant les personnages principaux, les vraies performances sont celles de Yo-Landi Visser et Watkin Tudor Jones qui sont complètement dingues dans leur rôle (et aussi, bizarrement, parfois terriblement attendrissants). Ils imposent parfaitement leur univers décalés qui vacillent entre le trash des gangsters et l'édulcoré de l'enfance. C'est déluré et le trio qu'ils forment avec Chappie est, finalement, excellent.

Il y a une scène dans le film où Chappie et Yo-Landi, sa "maman", sont dans un lit, le soir, et où celle-ci lit une histoire à Chappie avant de se coucher. L'histoire en question parle d'un mouton noir, et Yo-Landi explique à Chappie ce qu'est la différence, en quoi elle rend les gens importants et exceptionnels. Le concept de l'âme et de ce qui nous définit intérieurement est également au centre de la discussion. La scène ne dure que quelques minutes, et pourtant, elle m'a extrêmement touchée. L'ambiance était pleine d’innocence, en contraste parfait avec les scènes violentes de la journée. Les lumières tamisées, la chambre décorée de dessins, de photos, d'objets colorés et les deux personnages, au centre, l'un à côté de l'autre, extrêmement complice et déjà très liés. C'était vraiment une jolie scène qui résume bien l'une des questions principales du film : la différence et le concept d'humanité. D'ailleurs, j'ai beaucoup aimé la spontanéité avec laquelle Yo-Landi parle de l'âme de Chappie, comme s'il était impensable qu'il ne puisse pas en avoir une.



Chappie est une chouette surprise. Le film est divertissant, il sait jongler entre le rire et la tendresse, entre les scènes d'action et les moments plus réflexifs. On passe un bon moment. À noter également que la musique est sympa (le nom d'Hans Zimmer à découvrir au générique !)