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mercredi 9 novembre 2016

[Livre] Repose-toi sur moi de Serge Joncour

Flammarion - 17 août 2016
432 pages

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s'y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l'affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.
(Source : Flammarion)

15/20

La promesse d'une belle romance contemporaine, comme le laisse suggérer le résumé, est bien au rendez-vous avec ce nouveau roman de Serge Joncour. Mais le roman est également une critique parfois acerbe de la société d'aujourd'hui. Le mélange, parfois habile, nous révèle avant tout des histoires de vies qu'il est touchant ou intriguant de découvrir, portée par le ton toujours très juste de l'auteur.

Le roman s'ouvre sur la présentation de deux personnages totalement différents. Ludovic est un campagnard un peu bourru et renfermé depuis la mort de sa femme, tandis qu'en parallèle, Aurore est une jeune mère de famille, mariée, styliste et urbaine jusqu'au bout des ongles. Les deux vivent dans des immeubles face à face, séparés par une cours d'immeuble. 
La pauvreté côté cour, les bobos côté rue. Et cette cour, au milieu, comme un pont entre deux univers. 
La rencontre entre ces deux êtres que tout oppose se fait avec tellement de simplicité et d'évidence que j'ai été fascinée par la facilité de l'auteur à nous présenter les prémices de cette romance qui n'avait rien d'attendue. Je parle d'évidence car c'est le sentiment qui m'a tout de suite frappée. La façon dont Ludovic et Aurore se heurtent l'un à l'autre semble être une des choses les plus naturelles au monde. Tout les oppose, pourtant, tout les rassemble aussi, et surtout ce besoin et ce désir qui les animent mutuellement. Cette envie d'être ensemble qui les lie très vite est très belle à lire, garde une légèreté parfois nécessaire dans le tumulte de la vie qui les agite.
« Elle lui saisit le visage avec une force stupéfiante encore une fois, il se laissa engloutir dans ce baiser, cette femme maintenant était un vertige qui le submergeait, qui le dépassait, elle venait de dehors, son manteau, sa peau, son visage, étaient frais, son haleine aussi, elle ne voulait surtout pas prendre le risque de s'attarder, il lui attrapa le visage pour répondre à son baiser, il voulait l'empêcher de repartir, la confondre de désir, l'étourdir en l'enlaçant, mais elle se détacha, elle recula en le regardant dans les yeux. »
Passée leur rencontre et les débuts de leur amour naissant, on se retrouve plongé dans les difficultés de leur vie et les questionnements vis-à-vis de leur famille ou métiers. Il est parfois touchant ou révoltant de voir les deux personnages se confronter aux injustices de la vie. Je me suis souvent sentie révoltée face aux difficultés d'Aurore à gérer son entreprise, bouffée par les magouilles de son associé, ou encore par la contrariété de Ludovic, qui a du mal à assumer le métier peu valorisant qu'il pratique (l'homme est recouvreur de dettes...) Serge Joncour parvient à livrer un panorama très complet de cette société contemporaine qui bat de l'aile, brusquant les hommes, rabaissant les femmes, oubliant les grand-mères dans l'inconfort de leur petit appartement plein de courant d'air. Dans le fond, rien n'est rose, pourtant, la présence de cet amour inopportun garde toujours un rayon de lumière projeté sur les difficultés qui secouent les personnages.
« Sa résistance, on la décide à tout instant, à tout moment on résout de se laisser envahir ou pas par l'angoisse, de se laisser submerger par une préoccupation à laquelle on accorde trop de place. Etre fort, c'est ne pas prendre la mesure du danger, le sous-évaluer, consciemment, tandis qu'être faible, c'est le surestimer, mais l'autre soir, il s'était fait très peur. »
Repose-toi sur moi est un roman plein de spontanéité et de malice porté par une écriture travaillée et qui nous plonge au cœur d'un petit microcosme pourtant bien révélateur de la société contemporaine d'aujourd'hui. Si je n'ai pas totalement été convaincue par la fin du roman, j'ai su me plonger avec plaisir, être touchée, amusée ou révoltée dans cette histoire pleine d'amour, d'apparences, de sensibilité et surtout, d'un réalisme flagrant qu'il est fascinant de contempler. Tous les ingrédients qui expliquent sans doute pourquoi, cette année et pour ce roman, l'auteur a gagné le Prix Interalliés !





jeudi 2 juin 2016

[Film] Un homme à la hauteur de Laurent Tirard

France - 1h38
Année : 2016
Sortie en France le 4 Mai 2016
Avec : Virginie Efira, Jean Dujardin, Cédric Kahn

Diane, une avocate, fraîchement célibataire, reçoit un appel d'Alexandre, un architecte charmant qu'elle n'avait jamais rencontré, et qui va l'aider à retrouver son téléphone égaré. Lorsqu'ils se rencontrent, le rendez-vous prend un tour inattendu.
(Source : Allociné)

13/20

Les deux acteurs en tête d'affiche avaient de quoi séduire... surtout dans une comédie romantique ! Pourtant, ce film a eu sur moi l'effet d'un pétard mouillé, j'en suis ressortie très déçue, à peine amusée et encore moins touchée.

Je connais peu Laurent Tirard - ou alors, surtout pour des films qui ne m'ont pas réellement plus (Le Petit Nicolas) - pourtant, récemment, je me suis décidée à regarder Molière (plus pour Romain Duris que le réalisateur) et finalement j'ai beaucoup aimé ! La promesse d'un nouveau film du réalisateur avec deux chouettes acteurs comme Jean Dujardin et Virginie Efira me plaisait donc bien, surtout avec un synopsis si cocasse.


Mais j'ai bien vite réalisé que ce que je trouvais amusant dans le résumé du film, m'a semblé en réalité complètement grotesque sur écran. J'ai eu beaucoup de mal à trouver subtiles les effets qui rendent Jean Dujardin petit. On voit clairement lorsqu'il y a une doublure ou lorsqu'on s'est contenté de ne filmer l'acteur qu'à partir des épaules. Ça donne une impression très étrange, comme si on passait le film à voir l'acteur à travers une loupe ou une longue vue à l'envers. Du coup, lorsque le grotesque prend le dessus, dans une situation qui ne se veut absolument pas grotesque, soit on est ennuyé, soit on est gêné. Pour ma part, ce fut un peu des deux : l'aspect romance de l'histoire ne m'a donc pas du tout touché.


Reste la comédie. Alors, oui, on rigole de temps en temps (bien qu'on rigole certainement moins que les dames qui, derrière  nous dans la salle, ont passé la séance à faire des commentaires amusés et à rire à gorge déployée, à se demander si on voyait le même film), mais le film en lui-même  n'est pas drôle. Les blagues sur les gens de petites tailles sont clairement assumées, mais totalement déjà vu. Ça n'innove pas, on sourit pour la forme, on rigole devant deux, trois scènes si absurdes qu'elles ne peuvent qu'arracher un rire (le personnage de Coralie la secrétaire, joué par Stéphanie Papanian, est tellement exubérant et déluré qu'il est difficile de ne pas la trouver amusante), mais ça n'est pas allé plus loin en ce qui me concerne. Même le comique de répétition devient lourd au bout d'un moment (les scènes du chien, vraiment ?) alors que c'est un procédé que j'aime beaucoup.

Bref, vous l'aurez compris, malgré deux acteurs que j'apprécie et un synopsis qui me faisait envie, le film ne m'a pas du tout convaincue. Il a un bon fond, mais ça manquait de subtilité pour parvenir à me transporter dans cette étrange romance peu commune.


mercredi 20 janvier 2016

[Film] Brooklyn de John Crowley

Irlandais, Britannique, Canadien - 1h45
Sortie en France le 9 mars 2016
Avec : Saoirse Ronan, Emory Cohen, Domhnall Gleeson

Dans les années 50, une jeune Irlandaise part à New-York en espérant y trouver du travail. Employée dans un grand magasin, elle prend parallèlement des cours de comptabilité. Elle s'éprend d'un plombier italien, qu'elle épouse en secret. 
De retour dans son pays d'origine à la suite d'un tragique événement, elle se retrouve à l'heure des choix : quelle vie veut-elle mener ? 
(Source : Allociné)

15/20

Dans mon optique d'essayer de voir un maximum de films nominés aux Oscars avant la cérémonie fin février, j'ai sauté sur l'occasion de voir Brooklyn. Il faut dire que j'adore Saoirse Ronan, et qu'étant donné que la seule chose que je savais à propos du film était qu'elle y incarnait le rôle principal, ça a largement contribué à mon envie de le regarder.

Il ne faut pas s'attendre à plus que ce que le film propose. Brooklyn est une romance, ni plus, ni moins. Mais c'est une belle romance, bien adaptée (du roman Brooklyn de Colm Tóibín) et joliment mise en scène, une romance de celles qui font sourire et donnent envie de tomber, aussi, un peu amoureux. La construction du film reste très conventionnelle, on n'est pas réellement surpris par le cheminement du scénario et c'est sûrement d'ailleurs pour cette raison qu'on se laisse prendre si facilement par l'histoire. On se plonge avec simplicité dans les choix et dilemmes d'Ellis, dans ses difficultés à trouver sa voie et à trouver sa place.


J'adore l'Irlande, j'adore les irlandais, j'ai beaucoup aimé découvrir la vie de cette jeune irlandaise des années 50 qui part à l'aventure en Amérique. Le rôle colle tellement bien à Saoirse Ronan. J'aime sa fraîcheur, la naïveté qui transparaît dans sa manière de jouer. Je ne connaissais pas Emory Cohen, qui joue le rôle de Tony, le jeune italien dont s'éprend Ellis, mais j'ai beaucoup aimé sa prestation également. Il a un côté charmeur et maladroit qui est très en adéquation avec le personnage de Saoirse Ronan et qui rend le duo très sympathique. Un petit mot pour Domhnall Gleeson également que j'aime vraiment, même s'il apparaît peu, j'étais contente de le retrouver dans le film !


Le film joue beaucoup sur la corde sensible en mettant surtout en avant les émotions. Pourtant, ça ne tombe jamais dans le dramatique, oui, certains passages sont plus tristes que d'autres, mais j'ai apprécié les touches d'humour toujours habilement placées. Il en résulte un film très lumineux, qu'on prend plaisir à regarder.


Les ingrédients sont classiques, c'est ce qu'on pourrait facilement appeler un film "fait pour les Oscars" (avec le degrés de cynisme qui variera dans ce qualificatif en fonction de la personne avec qui vous discutez ^^) mais en ce qui me concerne, Brooklyn est un film qui m'a vraiment plu. Pas forcément celui qui me marquera le plus en 2016 (à voir ce que cette année nous réserve !) mais un film qui m'a mis de bonne humeur et que je prendrai sans doute plaisir à revoir un jour.



vendredi 4 décembre 2015

[Livre] Red Hill de Jamie McGuire

J'ai lu, 2015
381 pages
Date de sortie originale : 1 octobre 2013
Titre VO : Red Hill

Scarlet est divorcée et mère de deux petites filles. Les élever seule est un combat quotidien qu'elle mène avec ténacité. Marié depuis plusieurs années à une femme de plus en plus distante, Nathan n'a qu'un vague souvenir de ce qu'est l'amour. En revanche, sa petite Zoe le comble de bonheur tous les jours. Miranda, elle, n'a qu'une préoccupation : l'organisation d'un week-end à la campagne avec sa soeur Ashley et leurs copains respectifs. Lorsque leur monde s'effondre, ces personnages ordinaires vont devoir affronter l'extraordinaire. Il leur faudra prendre en main leur destin pour avoir une chance de survie. Mais qu'arrive-t-il quand ceux pour qui vous êtes prêt à mourir sont aussi ceux qui peuvent vous détruire...?

14/20

Si les zombies poursuivent leur invasion dans la littérature depuis quelques temps, je n'avais jamais lu le genre zombiesque abordé sous une facette plus sentimentale, voire romantique par moment.
Car c'est ce qu'est Red Hill : plusieurs romances contemporaines qui se placent dans un univers apocalyptique peuplé de zombies.

J'ai été un peu surprise par ce parti pris, celui de, par moment, se concentrer d'avantage sur les sentiments et émotions des personnages que sur l'action en elle-même  (qui ne manque pas pourtant). En pleine apocalypse zombies, on attend peut-être un rythme plus effréné sur toute la longueur du roman plutôt que de temps  à autres.
« Heureusement qu'on est vendredi.   Heureusement qu'on est vendredi.   Heureusement qu'on est vendredi.   Juste avant de couper le contact, j'entendis à la radio un nouveau compte rendu de l'épidémie frappant l'Europe. Avec le recul, tout le monde savait ce qui se passait, mais c'était resté si longtemps un sujet de plaisanterie que nul ne voulait plus croire que cela arrivait réellement. Entre les séries télés, les bandes dessinées, les livres et les films traitant de morts vivants, il n'y avait rien de surprenant à ce que quelqu'un soit à la fois assez brillant et dérangé pour essayer d'en faire une réalité.   Je sais que la fin du monde a eu lieu un vendredi. C'est la dernière fois que j'ai vu mes enfants. »
Si l'histoire est plus ou moins courue d'avance, on prend tout de même plaisir à découvrir les protagonistes, à suivre les points de vue en alternance de Nathan, Miranda et Scarlett, à découvrir leur cheminement jusqu'à cette fameuse ferme de Red Hill qu'ils cherchent tous à rejoindre d'une façon ou d'une autre pour se mettre à l'abri. 
« Avant l’arrivée de la maladie, attendre était agaçant. À présent que les morts marchaient parmi les vivants, cela procurait la même sensation de viol qu’un cambriolage, le même désespoir que lorsque l’on perd quelque chose d’aussi précieux que ses clés ou son alliance, la même crainte insupportable qui nous affecte quand notre jeune enfant disparaît dans la foule d’un centre commercial, le tout compacté dans une unique boule d’émotions. »
D'ailleurs, le récit se coupe facilement en deux parties : l'avant Red Hill, et lorsqu'ils sont enfin tous là-bas. (Promis, ça ne spoile pas, comme je le disais plus haut, c'est couru d'avance, on sait absolument dès le début qu'ils vont tous se retrouver dans cette petite ferme isolée.)
Dans l'idée d'un roman sur les zombies avec toute l'horreur qu'implique une épidémie qui vient de débuter, la première partie m'a plus captivé. C'est ce côté apocalyptique qui me plaît, quand la panique s'installe et que le monde s'effondre. L'auteur le met plutôt bien en scène et j'ai apprécié l'idée que des femmes aux enfants, des jeunes aux vieux, des méchants aux gentils, personne ne soit épargné. Dans ce roman, tout le monde court le risque d'y passer, des simples figurants aux personnages principaux ou à leurs proches.
«  À moins d’habiter dans une grotte, tout le monde savait que le seul moyen de tuer quelqu’un déjà réputé mort était de lui exploser la cervelle. »
En passant, j'ai beaucoup aimé le fait que tout le monde sache ce qu'est un zombie ! Dans beaucoup de romans, films, comics, les zombies semblent tomber du ciel sans que personne n'ait jamais entendu parler de ceux-ci. C'est pourtant un élément très important du folklore horrifique, il semble difficile de croire que personne ne sache ce qu'ils sont. C'est pour ça que j'ai trouvé cet aspect très sympa : tous ont déjà vu des films ou séries sur les zombies, ils savent ce qu'ils sont et comment s'en débarrasser. Ça change !
« Regarder un film de zombies était une chose, regarder des zombies défiler sous votre fenêtre en était une autre. »
Si la première partie est donc plus concentrée sur la survie, la partie sur Red Hill cible plus les relations entre les personnages. Ça m'a parfois paru un peu en décalage, Red Hill ressemble  à un petit îlot en dehors du temps et les personnages vaquent à leurs occupations, se disputent, tombent amoureux, s'installent dans une routine qui semble parfois bien en décalage avec ce qu'il se passe dans le monde extérieur. 

C'est sans doute ce qui a fait basculer le roman de "J'ai adoré" à un simple "J'ai aimé" : malgré l'écriture fluide et simple de l'auteur et l'histoire qui se suit plaisamment, je dois avouer que j'apprécie les histoires d'amour lorsqu'elles sont moins conventionnelles, et au contraire, les histoires de zombies lorsqu'elles le sont plus.



vendredi 6 novembre 2015

[Livre] Une nuit à New York de David Levithan et Rachel Cohn

Lgf - Le livre de poche, 2012
224 pages
Date de parution originale : 2006
Titre VO : Nick and Norah's Infinite Playlist

« Il y a trois semaines, deux jours et vingt-trois heures qu'elle m'a dit " c'est fini ". Et la voilà déjà avec un autre. Ils s'approchent du comptoir. Il faut que j'agisse. Je me tourne vers une fille que je ne connais même pas, et je lâche : Tu veux bien être ma copine pendant les cinq prochaines minutes ? » 
Nick et Norah n'ont rien en commun. Sauf un premier baiser, censé durer cinq minutes. Et qui va se prolonger toute une nuit. Une seule nuit ?

15/20

J'avais beaucoup aimé le film il y a quelques années (même s'il faudrait que je le revois aujourd'hui pour me refaire une petite idée) et c'est en partie pour cette raison que je voulais découvrir le roman de David Levithan et Rachel Cohn. Et c'est bien simple : l'histoire d'amour entre Nick et Nora prend tellement plaisir à casser les codes et dégage tellement de naturel que j'ai adoré ma lecture.

J'ai beaucoup aimé suivre cette romance en alternance du point de vue des deux protagonistes. Découvrir la façon de penser de chacun de ces deux ados un peu perdu, leurs attentes, leurs goûts musicaux, leurs particularités tout au long de cette nuit. Les deux visions se complétaient au final très bien et je n'ai pas trouvé un seul des passages de ce roman en trop ou inutile.
« Les riffs virevoltent autour de nous en une tornade qui se resserre et se resserre et se resserre ; nous sommes au centre du cyclone, au centre l’un de l’autre. Mon poignet effleure le sien à l’endroit exact où battent nos pouls, et je vous jure que je perçois le sien, cette vibration. Roc immobile, nous bougeons au rythme de la musique. Au lieu de me perdre dans le torrent, je la trouve. Et elle… oui, elle aussi me trouve. »
Placer cette rencontre sur fond de musique donne un petit charme particulier à l'histoire, un style un peu rétro, un brin grunge, qui change de ces petites amourettes à l'eau de rose. Une rencontre qui dure le temps d'une nuit. Durant toute la nuit, Nick et Nora se perdent de vue, se retrouvent, se heurtent, s'apprivoisent. J'ai vraiment apprécié la spontanéité qui se dégage du couple qu'ils finissent par former.
« L’accord parfait. Pas parce qu’un morceau de moi s’emboîte dans un morceau d’elle ; parce que nos mots s’encastrent les uns dans les autres pour former des phrases ; parce que notre dialogue dessine la scène d’un film continu aussi familier qu’il est improvisé. »
Bon et puis, l'écriture des deux auteurs m'a conquise. Certains passages possèdent juste ce qu'il faut de joliesse et de vérité pour réussir à toucher, faire rire ou tout simplement pour comprendre la frénésie (amoureuse !) qui s’abat sur les personnages.
« J'emmerde Tris. Je donnerais un rein pour qu'un type m'écrive des choses de ce style. Les deux, même. Tiens, Nick, ils sont à toi... Simplement, écris pour moi. Voilà le point de départ : un garçon dans une boite punk demande à une fille zarbi d'être sa copine pendant cinq minutes, la fille embrasse le garçon, le garçon lui rend son baiser, le garçon apprend ensuite à connaître la fille... Qu'as-tu vu chez cette fille ? Nick, chante pour moi. Je t'en supplie. A vos marques. Prêts. Partez. »
Une chouette nuit toute en musique, coup de foudre et building new-yorkais.




vendredi 23 octobre 2015

[Film] Un + Une de Claude Lelouch

Français - 1h53
Sortie en France le 9 décembre 2015
Avec : Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert

Antoine ressemble aux héros des films dont il compose la musique. Il a du charme, du succès, et traverse la vie avec autant d’humour que de légèreté. Lorsqu’il part en Inde travailler sur une version très originale de Roméo et Juliette, il rencontre Anna, une femme qui ne lui ressemble en rien, mais qui l’attire plus que tout. Ensemble, ils vont vivre une incroyable aventure…

15/20


J'ai vu le film en avant-première lors du Festival du Film Francophone d'Angoulême en août dernier, Un + Une était alors mon premier film de Claude Lelouch, dont je n'avais encore jamais vu de longs-métrages (et c'est toujours le cas d'ailleurs, il faudrait vraiment que je m'y mette). Outre le plaisir de voir une partie de l'équipe du film faire une apparition à la projection pour présenter le film, j'étais plutôt contente d'enfin pouvoir découvrir le réalisateur. Surtout qu'Un + Une m'a plu et m'a donné envie de jeter un œil plus attentif à la filmographie de celui-ci !

Le film raconte une romance passagère mais presque fulgurante sur fond de paysages indiens. Il livre l'histoire de la relation entre un homme et une femme dans toute la complexité que ça implique, mais tout en restant très épuré. J'ai beaucoup apprécié ce fil conducteur qui garde en permanence une simplicité déconcertante. On parle d'amour, on parle d'adultère, de tromperie mais rien ne semble jamais être compliqué car c'est spontané, la romance ne s’encombre pas réellement des usages et baigne dans la franchise la plus totale. Le film prend ainsi plaisir à briser les lieux communs et clichés. 

J'ai été très surprise par la liberté donnée aux acteurs dans leur interprétation qui devient alors très naturelle. Ces moments d'improvisations donnent l'impression que l'on pourrait croiser les personnages dans la rue et assister à leurs échanges de la même façon dont on les observe de derrière nos écrans. Cette aisance des acteurs à se renvoyer la balle m'a d'ailleurs énormément plu. Jean Dujardin est excellent dans ce type d'exercice et Elsa Zylberstein est une partenaire tout à fait à la hauteur. La connivence entre les deux acteurs était palpable et n'en rendait l'histoire que plus plaisante.




Et puis, surtout, le film fait voyager. On passe du ton taquin et comique des échanges entre les deux protagonistes aux magnifiques images d'une Inde présentée dans toute sa spiritualité. Des bords du Gange et de toutes les croyances qui y sont associées à Amma la gourou indienne et son humilité inconditionnelle, on se retrouve face à une spiritualité très douce, très éthérée, qui apporte un petit côté magique et hors du temps au film. Un peu à l'image de la romance entre les deux personnages finalement : quelque chose de très spontané qui s'ouvre et se referme, comme une parenthèse.

En tout cas, si les personnes ayant vu le film avec moi ont été plutôt déçues (connaissant le réalisateur, j'ai eu le droit au fameux "c'était mieux avant"), moi qui ne connaissait pas tout Claude Lelouch, j'ai pris le film sans pouvoir le comparer à d'autres et, de l'histoire à la réalisation en passant par les acteurs, j'ai été totalement conquise. 






vendredi 28 août 2015

[Film] L'Odeur de la mandarine de Gilles Legrand

Français - 1h50
Sortie en France le 30 septembre 2015
Avec : Olivier Gourmet, Georgia Scalliet, Dimitri Storoge

Été 1918. La guerre fait rage pour quelques mois encore, mais pour Charles et Angèle, elle est déjà finie. Lui, officier de cavalerie y a laissé une jambe. Elle, son infirmière à domicile, vient de perdre au front son grand amour, le père de sa petite fille. Unis par le besoin de se reconstruire, ils nouent une complicité joyeuse qui les ramène à la vie. Sur l'insistance de Charles, Angèle accepte un mariage de raison. Il leur faudra entrer en guerre, contre eux-mêmes et contre l'autre avant d'accepter l'évidence de la passion qui les lie malgré eux…

16/20

Hormis les films en compétition, le festival du film d'Angoulême est également l'occasion d'assister à un certains nombres d'avant-premières, ce qui n'est pas pour me déplaire, surtout lorsque cela concerne des films qui me faisaient très envie comme l'Odeur de la mandarine. Je dois avouer qu'en général, je fuis ce genre d’événement comme la peste, détestant le monde et le foutoir que ça génère (et de ce côté là, le petit CGR d'Angoulême n'est pas en reste, je ne sais pas comment ils gèrent leur organisation, mais ce n'est pas encore tout à fait ça). Mais cette fois, dans le cadre du festival et l'occasion se présentant.... Me voilà partie !


L'Odeur de la mandarine est une romance. Une romance qui aurait pu avoir tout ce qu'il y a de plus classique, mais qui se révèle n'avoir rien d'ordinaire. Le film nous offre le portrait d'un homme et d'une femme brisés par la guerre, chacun à leur façon. Physiquement ou moralement, Charles et Angèle sont deux amputés, l'un a perdu une jambe, l'autre l'homme qu'elle aimait. On assiste peu à peu à la rencontre de ses deux personnages, à la naissance des liens très forts qui se tissent entre eux, mais également à l'installation progressive d'une certaine ambiguïté. On ressent la passion qui unie les personnages, sans parvenir vraiment à éclore totalement. Leur amour commun pour les chevaux (Charles était dans la cavalerie, Angèle a grandi dans le ranch de ses parents) apporte souvent une connivence encore plus particulière entre les personnages. D'ailleurs, j'ai beaucoup aimé la façon dont les chevaux sont mis en scène, il y a un aspect très fusionnel entre ceux-ci et les humains qui rend certaines scènes de chevauchées vraiment belles.


À cette jolie romance un peu bancale s'ajoute un ton taquin et pince sans rire que j'ai beaucoup apprécié. On rigole souvent devant les échanges et les situations entre les personnages. Pas parce qu'ils sont risibles, mais pour la fraîcheur, la vie, la spontanéité qui se dégagent de leur complicité. Angèle et Charles sont deux personnages très respectables, mais celle-ci n'a rien d'une mijaurée et lui n'est pas en reste non plus. Sans jamais tomber dans l'incorrect ou le trop plein, le juste mélange entre joliesse et taquinerie se fait à la perfection et permet de dresser le portrait d'un couple (et surtout d'une femme) touchant et qui ne s'encombre pas des usages.

Pour interpréter ces deux personnages plein de complexité, on retrouve en tête d'affiche Olivier Gourmet, acteur aguerri dont la taille de filmographie parle pour lui, et Georgia Scalliet, dans son premier grand rôle au cinéma. Mais qu'on se le dise, la comédienne de la Comédie Française a de très beaux jours devant elle. Elle porte le film sur ses épaules et est tout simplement exceptionnelle. J'ai eu un réel coup de cœur pour cette actrice plein de spontanéité et de justesse.


Outre la très belle écriture de l'histoire, le cadre du film joue beaucoup sur le ressenti. Perdus au fond de la campagne dans une grande propriété faite de lac et forêts, les personnages évoluent dans un monde qui semble très loin des affres de la guerre, mais qui n'en est pourtant jamais loin, comme le rappellent les explosions derrière les collines, la nuit. 

Une fois de plus, je dois dire que je suis allée voir le film sans arrière-pensée. J'avais vaguement lu le synopsis, juste assez pour situer l'histoire lors de la Première Guerre Mondiale, rapidement jeté un œil au casting, et c'est surtout le nom de Gilles Legrand en tant que réalisateur (Malabar Princess est sans doute l'un des films que j'ai le plus vu étant petite) et le très joli titre du film qui avaient éveillé mon attention. Je pense que je vais continuer à aller voir des films en ne sachant pas à quoi m'attendre, la surprise n'en est toujours que plus belle.



jeudi 26 mars 2015

[Film] À trois on y va de Jérôme Bonnell

Français - 1h27
Sortie en France le 25 mars 2015
Avec : Felix Moati, Anaïs Demoustier, Sophie Verbeeck

Charlotte et Micha sont jeunes et amoureux. Ils viennent de s’acheter une maison près de Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois Charlotte trompe Micha avec Mélodie… Sans rien soupçonner, se sentant toutefois un peu délaissé, Micha trompe Charlotte à son tour… mais avec Mélodie aussi ! Pour Mélodie, c’est le vertige. Complice du secret de chacun. Amoureuse des deux en même temps…

15/20

Dans la jolie ville de Lille, un couple vit ensemble. Micha aime Charlotte et Charlotte aime Micha... mais elle aime également son amie Mélodie, avec laquelle il lui arrive de coucher. La mascarade dure près de cinq mois. Jusqu'au jour où Micha réalise qu'il aime aussi Mélodie. Les deux amoureux entament alors une infidélité croisée avec leur amie commune, et ce, dans le plus grands des secrets. 
La situation, un brin cocasse, apporte une touche comique très plaisante que l'on retrouve habilement distillée tout au long du film. Car l'humour ne prime pas et est parfaitement équilibré avec une sensibilité flagrante qui ne manque pas de frapper.


Le thème du triangle amoureux est abordé avec un regard nouveau. Pas d'adultère, pas d'excuses non plus, simplement de l'amour qui déborde un peu trop... mais ne blesse jamais. Si les personnages sont blessés, c'est par la force de leurs sentiments, jamais à cause d'un amour contrit ou d'une direction trop moralisatrice. Les personnages s'aiment d'un amour plein de fraîcheur, de spontanéité mais de fragilité également. Et bien sûr, de sensualité. Le jeu de séduction constant passe beaucoup par les regards et la gestuelle que la caméra du réalisateur capte avec subtilité à l'aide de ses gros plans propices sur les visages de ses acteurs.




Le film pose une question plutôt intéressante sur l'identité du couple et, non pas sur l'infidélité, mais plutôt sur la difficulté d'atteindre une certaine plénitude seulement à deux.
On suit le ballet tantôt comique, tantôt sensuel de ces deux couples... à trois. Les acteurs sont excellents, le trio fonctionne à la perfection, il y a une véritable alchimie entre eux. Anaïs Demoustier est une actrice que j'ai découverte dans Une nouvelle amie de François Ozon et après À trois on y va,  il est certain que je vais m'attarder sur le reste de sa filmographie car elle me laisse décidément une forte impression à chaque fois. J'aime beaucoup son air enfantin et sa simplicité. Elle dégage beaucoup de naturel et les rôles qu'elle incarne lui vont à merveille. Elle interprête ici Mélodie, jeune femme à l'amour impulsif, incapable de choisir quelle direction donner à ses sentiments, elle qui, avocate, est d'habitude si prompt à trancher à coup de lois et de décrets.



Il n'y a jamais rien de licencieux ou moralisateur, le scénario se concentre surtout sur cet amour si particulier et si simple à la fois. C'est un aspect du film qui m'a beaucoup plu. Ici, pas d'objectif de faire passer de messages ou de donner des leçons.

Jérôme Bonnell signe avec À trois on y va une comédie romantique moderne qui frappe par sa fraîcheur et sa sensibilité. On suit l'évolution des sentiments de ces trois jeunes gens avec attention, tantôt amusé, tantôt touché. Les acteurs dessinent avec brio la difficulté des mensonges, la puissance du désir et la passion de ces amours si spontanés et (presque) interdits. On se doute que l'histoire n'est pas faite pour durer. Et c'est parce que cet amour éphémère n'est pas voué à persister qu'il est en réalité si plaisant à contempler.