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samedi 25 février 2017

[Livre] La Désobéissante de Jennifer Murzeau

Robert Laffont - 5 janvier 2017
270 pages

Paris, 2050. Bulle découvre, catastrophée, qu'elle est enceinte. Autour d'elle, le monde est un naufrage. Sous des dômes, les plus riches se calfeutrent, ignorant les misérables qui se débattent au-dehors, rendus inutiles par l'automatisation. Le chômage a atteint 70%, la violence envahit les rues. Les plus dociles gobent leur Exilnox, les yeux voilés par des implants connectés. Sur les holordis, les murs, partout, brillent les pubs et les flashs info anxiogènes. Alors un enfant, là-dedans... Pourtant le garder, c'est refuser de se résigner. Avec une poignée de hackers, Bulle choisit la lutte.
C'est bien de notre époque dont il est question dans ce roman. Aussi acide et apocalyptique que lumineux et optimiste, il est une célébration du libre arbitre.
(Source : Robert Laffont)

14/20

La Désobéissante est une dystopie à la française, un roman d'anticipation qui prend racine dans notre capitale parisienne pour nous exposer (et dénoncer) des sujets pourtant universels. Et surtout, des sujets très actuels.

Jennifer Murzeau n'y va en effet pas par quatre chemins pour nous présenter ce Paris futuriste dans lequel la société entière n'est plus qu'un amalgame d’injustices, d'inégalités sociales, de désespoir, de violence et d'incertitudes. On imagine sans mal l'atmosphère ultra-polluée, les sans domiciles qui jonchent les rues, la mort qui sévit partout à coup d'agressions ou d'actes terroristes, la difficulté de survivre dans un système qui n'a quasiment plus rien d'humains. Il est à la fois fascinant de contempler ce futur hypothétique dans le confort de notre monde actuel, et terrifiant de réaliser qu'il est déjà possible de trouver des prémices de toutes ces choses horribles dès aujourd'hui. Il n'y a pas à dire, le roman de Jennifer Murzeau est plus proche de notre actualité que l'on peut le croire au départ.
« On clique, on se repaît de l’horreur, on se paye des frissons qui laissent sans voix et sans volonté, qui n’autorisent que l’émotion ou l’effroi. Pas d’analyse, jamais. Mais des flashs, des alertes, des urgences, tout un tas d’injonctions qui obligent l’attention et détournent la réflexion.Vendre l’apocalypse, plutôt que penser la renaissance. »
C'est dans cette époque en perdition que vit notre Désobéissante. Bulle est une jeune femme a priori tout ce qu'il y a de plus banale, si ce n'est qu'elle a la chance (ou la malchance ?) de travailler et de gagner sa vie. Elle a conscience des horreurs de son monde, de ses injustices et se contente de survivre dans son quotidien robotisé et pollué. Jusqu'au jour où elle apprend qu'elle attend un enfant. La grossesse de Bulle devient alors le déclic, l'instant de cassure amené par toutes les questions qui surviennent avec la venue de cet enfant : comment accueillir un enfant dans un tel monde, comment vouloir faire subir à un petit être de telles atrocités ?
Bulle le décide alors, la seule façon de s'en sortir, et de se rebeller, de ne plus plier l'échine et d'avancer.
« "Je suis un vieil homme, mademoiselle. Un vieil hommes las, et aigri, n'ayons pas peur des mots, alors je peine à me projeter dans une mouvance révolutionnaire. Mais je sais que certains n'ont pas tout à fait renoncé." »
S'il y a évidemment quelque chose de fascinant dans la Désobéissante, c'est l’aperçu de ce futur hypothétique. Celui qui frôle la science-fiction avec ses avancées technologiques, ses grands dômes de verre qui parsèment la capitale, ses métros version 2.0, ses unités robotiques qui parcourent les rues. Et celui que l'on pense improbable mais qui nous rappelle à force de détails vers quoi notre monde pourrait facilement tendre si nous ne réagissons pas. La dénonciation de l'auteur combine tour à tour le réchauffement climatique, les inégalités, le pouvoir des industries et de leur lobbies, la soumission passive, autant d'éléments déjà ancrés dans notre actualité et dont j'ai adoré voir les dérives décrites et imaginés. Pourtant, cet élément qui m'a tellement plu, est également celui qui m'a le plus dérangé. La Désobéissante et un roman assez court, (seulement 270 pages), l'auteur va souvent droit au but et use donc de caricatures et clichés assez incisifs et d'un ton très vindicatif qui m'ont parfois semblé très froid, plus proche de la simple dénonciation que tu ressentis des personnages. Pour dire les choses clairement : pour moi, ça manquait parfois clairement d'émotions et de poésie. Je n'ai pas toujours réussi à être touchée par les personnages et ce qu'ils endurent, par leurs difficultés, leurs rêves de changements et d'avenir meilleur. Je n'ai pas entièrement réussi à m'investir dans cette histoire par laquelle j'aurais aimé me sentir totalement concernée.

Reste à ce nouveau roman de Jennifer Murzeau sa force dénonciatrice, sa grande actualité qui en fait un livre dans l'air du temps et sa capacité à nous faire croire, et espérer, que dans le pire à venir, il pourra aussi y avoir de l'espoir et des solutions pour s'en sortir.



mercredi 9 novembre 2016

[Livre] Repose-toi sur moi de Serge Joncour

Flammarion - 17 août 2016
432 pages

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s'y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l'affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.
(Source : Flammarion)

15/20

La promesse d'une belle romance contemporaine, comme le laisse suggérer le résumé, est bien au rendez-vous avec ce nouveau roman de Serge Joncour. Mais le roman est également une critique parfois acerbe de la société d'aujourd'hui. Le mélange, parfois habile, nous révèle avant tout des histoires de vies qu'il est touchant ou intriguant de découvrir, portée par le ton toujours très juste de l'auteur.

Le roman s'ouvre sur la présentation de deux personnages totalement différents. Ludovic est un campagnard un peu bourru et renfermé depuis la mort de sa femme, tandis qu'en parallèle, Aurore est une jeune mère de famille, mariée, styliste et urbaine jusqu'au bout des ongles. Les deux vivent dans des immeubles face à face, séparés par une cours d'immeuble. 
La pauvreté côté cour, les bobos côté rue. Et cette cour, au milieu, comme un pont entre deux univers. 
La rencontre entre ces deux êtres que tout oppose se fait avec tellement de simplicité et d'évidence que j'ai été fascinée par la facilité de l'auteur à nous présenter les prémices de cette romance qui n'avait rien d'attendue. Je parle d'évidence car c'est le sentiment qui m'a tout de suite frappée. La façon dont Ludovic et Aurore se heurtent l'un à l'autre semble être une des choses les plus naturelles au monde. Tout les oppose, pourtant, tout les rassemble aussi, et surtout ce besoin et ce désir qui les animent mutuellement. Cette envie d'être ensemble qui les lie très vite est très belle à lire, garde une légèreté parfois nécessaire dans le tumulte de la vie qui les agite.
« Elle lui saisit le visage avec une force stupéfiante encore une fois, il se laissa engloutir dans ce baiser, cette femme maintenant était un vertige qui le submergeait, qui le dépassait, elle venait de dehors, son manteau, sa peau, son visage, étaient frais, son haleine aussi, elle ne voulait surtout pas prendre le risque de s'attarder, il lui attrapa le visage pour répondre à son baiser, il voulait l'empêcher de repartir, la confondre de désir, l'étourdir en l'enlaçant, mais elle se détacha, elle recula en le regardant dans les yeux. »
Passée leur rencontre et les débuts de leur amour naissant, on se retrouve plongé dans les difficultés de leur vie et les questionnements vis-à-vis de leur famille ou métiers. Il est parfois touchant ou révoltant de voir les deux personnages se confronter aux injustices de la vie. Je me suis souvent sentie révoltée face aux difficultés d'Aurore à gérer son entreprise, bouffée par les magouilles de son associé, ou encore par la contrariété de Ludovic, qui a du mal à assumer le métier peu valorisant qu'il pratique (l'homme est recouvreur de dettes...) Serge Joncour parvient à livrer un panorama très complet de cette société contemporaine qui bat de l'aile, brusquant les hommes, rabaissant les femmes, oubliant les grand-mères dans l'inconfort de leur petit appartement plein de courant d'air. Dans le fond, rien n'est rose, pourtant, la présence de cet amour inopportun garde toujours un rayon de lumière projeté sur les difficultés qui secouent les personnages.
« Sa résistance, on la décide à tout instant, à tout moment on résout de se laisser envahir ou pas par l'angoisse, de se laisser submerger par une préoccupation à laquelle on accorde trop de place. Etre fort, c'est ne pas prendre la mesure du danger, le sous-évaluer, consciemment, tandis qu'être faible, c'est le surestimer, mais l'autre soir, il s'était fait très peur. »
Repose-toi sur moi est un roman plein de spontanéité et de malice porté par une écriture travaillée et qui nous plonge au cœur d'un petit microcosme pourtant bien révélateur de la société contemporaine d'aujourd'hui. Si je n'ai pas totalement été convaincue par la fin du roman, j'ai su me plonger avec plaisir, être touchée, amusée ou révoltée dans cette histoire pleine d'amour, d'apparences, de sensibilité et surtout, d'un réalisme flagrant qu'il est fascinant de contempler. Tous les ingrédients qui expliquent sans doute pourquoi, cette année et pour ce roman, l'auteur a gagné le Prix Interalliés !





[Livre] Tape de Steven Camden

Fleurus - 9 septembre 2016
336 pages
Sortie originale : 30 janvier 2014
Titre Vo : Tape

2013. Ameliah, 13 ans, s’installe chez sa grand-mère après avoir subitement perdu ses parents dans un accident de voiture. Là, elle découvre une cassette dans un des cartons remplis d'affaires de sa mère. L’enregistrement révèle une voix de garçon – une voix qu’elle n’entend pas bien, mais qui semble s’adresser à elle. 
1993. Ryan, 13 ans, enregistre son journal sur une vieille cassette. Il évoque la mort de sa mère et son amour pour une fille qu’il vient de rencontrer et qui ignore son existence. 
Ameliah et Ryan sont liés par autre chose qu’une simple cassette. Voici leur histoire.
(Source : Fleurus)

14/20


Tape avait déjà attiré mon attention, bien avant que je puisse le lire. Je ne sais pas s'il s'agissait de sa couverture jaune poussin avec son dessin vintage ou bien des quatre petites lettres de son titre, aussi succin qu'intriguant. Bref, le livre me plaisait, et l'évocation d'un mystérieux secret au centre de son histoire n'a fait que me donner plus envie de le découvrir !

Tape est un roman à deux voix qui nous entraîne dans les vies de deux protagonistes, deux jeunes adolescents éloignés de vingt ans d'écart dans le temps : Ryan vit en 1993 tandis qu'Ameliah vit en 2013. On se plonge peu à peu dans leur univers respectif (qui ne sont pas si éloignés que ça), dans leur adolescence et toutes les petites choses qui vont avec de l'amitié, aux premiers amours en passant par la famille. Et par le deuil. Si les deux adolescents sont des jeunes comme les autres, ils se retrouvent tous les deux confronter à la perte d'êtres chers, une facette du roman exploitée avec sensibilité.
« - Je suis Ameliah. Des grésillements s'échappent à nouveau des haut-parleurs. - Sérieusement ? - Ouais. - C'était le nom de ma mère. Ameliah se penche en avant avec un sourire. - Je sais. »
J'ai beaucoup aimé plonger dans l'adolescence d'Ameliah et Ryan, les observer se reconstruire après le deuil, comparer leur époque et leur caractère à la fois très différent et très semblable. L'écriture très simple du livre permet de se plonger avec facilité dans l'histoire, j'émets juste un petit bémol sur les dialogues que j'ai trouvé parfois un peu trop enfantins, ça manquait de naturel, sonnait un peu faux. Et j'ai adoré la numérotation des pages, comme une cassette en train d'être écoutée, avec le ruban qui s'enroule d'un côté et se déroule de l'autre.
« Elle lève les yeux vers lui. Elle revoit maman assise au bord de son lit, en train de lui dire que les gens se trouvent forcément les uns les autres. Que les parties les plus infimes de tous les êtres vivants sont faites de particules qui sont soit attirées soit repoussées les unes par les autres. »
Si j'ai su apprécié l'histoire tout en simplicité de Ryan et Ameliah, j'avoue par contre cependant avoir un peu été déçue par cette fameuse histoire de cassette et de magnétophone. Je m'attendais vraiment à quelque chose d'extraordinaire, à la limite du fantastique ou de la SF. J'aurais souhaité que ce soit réellement utilisé pour en faire un sujet central du livre plus qu'un simple ingrédient que l'on voit apparaître trop brièvement. J'ai aimé les utilisations faites des cassettes, comme des messages à travers les années, par contre, celle faite du magnétophone aurait mérité d'être approfondie. L'idée était très bonne !

Tape est un joli roman sur fond d'adolescence et de deuil, les deux personnages sont touchants à suivre dans toute la simplicité de leur jeunesse. Si le fameux secret promis par le synopsis est un peu décevant, on passe tout de même un sympathique moment de lecture. Merci à Babelio et aux éditions Fleurus pour cette découverte !




jeudi 27 octobre 2016

[Livre] Harry Potter et l'Enfaut maudit de Jack Thorne et John Tiffany

Gallimard Jeunesse - 14 octobre 2016
352 pages
Sortie originale : 31 juillet 2016
Titre Vo : Harry Potter and the Cursed Child


Nous retrouverons Harry, Hermione, Ron et les autres héros à l’âge adulte, tels que nous les avons quittés à l’épilogue de Harry Potter et les Reliques de la Mort, qui se situe dix-neuf ans après le dénouement du combat de Harry contre Voldemort et les forces du Mal. L’enfant maudit est Albus Severus, le cadet des trois enfants de Harry et Ginny Potter. Être Harry Potter n’a jamais été facile et ne l’est pas davantage depuis qu’il est un employé surmené du ministère de la Magie, marié et père de trois enfants. Tandis que Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, son plus jeune fils, Albus Severus, doit lutter avec le poids d’un héritage familial dont il n’a jamais voulu. Le destin vient fusionner passé et présent. Père et fils se retrouvent face à une dure vérité : parfois, les ténèbres surviennent des endroits les plus inattendus.
(Source : Gallimard Jeunesse)


8/20

À la base, j'avais décidé que je ne m'attarderais pas sur cette suite, pour deux raisons : à cause du tapage fait autour de la pièce de théâtre et aussi à cause de ma déception vis-à-vis de J. K. Rowling, qui a laissé pondre une suite à une histoire qui, d'après ce qu'elle avait dit, ne devait pas en avoir. 
J'ai finalement quand même lu L'Enfant maudit, après avoir entendu une critique dessus qui révélait des points de l'intrigue, lesquels m'avaient fait bondir par leur improbabilité. Je me devais de vérifier ça ! 

Je ne vais pas être tendre, mais pour moi, ce livre est tout simplement une hérésie au monde d'Harry Potter tel qu'on le trouve dans les romans de J. K. Rowling. 
L'intrigue ne tient nullement la route, ça remet totalement en cause une partie du fondement même de l'histoire des romans en utilisant un ingrédient extrêmement mal exploité : le voyage dans le temps. J. K. Rowling avait su manier cet élément avec brio dans Le prisonnier d'Azkaban. Ici, c'est un carnage. 
« Scorpis : Il est temps que remonter le temps devienne une chose du passé.Albus : Tu es assez fier de cette formule, non ?Scorpius : J'y ai travaillé toute la journée. »
L'écriture est bourrée de traits d'humour grossiers et de répliques enfantines et mal tournées. Si certains personnages sont des enfants (Albus et Scorpius par exemple), notre trio d'amis préférés est adulte depuis longtemps, pourtant, leurs échanges sont dignes de ceux qu'on pourrait avoir dans une cour de lycée... Je vous assure, voir le Professeur McGonagald, d'habitude si forte, si austère, parler comme une vielle femme enfant, ça a de quoi faire froid dans le dos ! 

J'ai vraiment eu beaucoup de mal à me faire à cette écriture très surfaite et rendue incroyablement simpliste par le fait qu'il s'agisse d'une transcription d'une pièce de théâtre. La pièce en elle-même, jouée sur scène, est peut-être très bien (si on ne s'attarde pas sur le scénario complètement tiré par les cheveux, encore une fois). Mais sur papier, j'ai trouvé ça horrible. Le format de la pièce de théâtre ne fonctionne tout simplement pas avec l'univers d'Harry Potter. On perd les descriptions, les petits détails plein de magie et loufoques si plaisant au monde des sorciers de J. K. Rowling. 
« Harry : J'en ai assez que tu me rendes responsable de tous tes malheurs. Au moins, toi, tu as un père. Moi, je n'en ai pas eu. D'accord ? Albus : Et tu trouves que c'est de la malchance ? Eh bien, moi pas. »
Moi qui connaîs sur le bout des doigts les sept romans pour les avoir lu de nombreuses fois chacun (et toujours avec plaisirs), je n'ai pas du tout réussi à me plonger dans l'univers de cette pièce, ma lecture s'en est retrouvée atrocement plate, sans une once de magie. 

Alors, j'avoue avoir trouvé un minuscule petit point positif dans la réinsertion de quelques personnages (ce qui ont lu l'histoire me comprendront), mais pour le reste, cette pièce de théâtre ressemble bien trop à une fan-fiction qui dénature la série de romans plus qu'elle ne la complète. Un livre complètement dispensable dont je vais vite oublier la lecture. 



dimanche 28 août 2016

[Livre] Riquet à la Houppe d'Amélie Nothomb

Albin Michel - Août 2016
198 pages
Date de sortie originale : 17 août 2016

« L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »
Amélie Nothomb

15/20

Chaque année, c'est le même rituel, on garde un oeil sur les sorties littéraires d'août pour voir la tête du nouveau roman d'Amélie Nothomb. Si je dois avouer que ces dernières années, les nouvelles parutions de l'auteure ont eu tendance à me laisser de marbre, cette fois-ci, la surprise est au rendez-vous !
« Les gens ne sont pas indifférents à l’extrême beauté : ils la détestent très consciemment. Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »
Riquet à la houppe, comme son titre le laisse entendre, est la réécriture d'un conte (de Charles Perrault pour être précise). Si l'auteure a déjà utilisé ce procédé (notamment avec Barbe-Bleue), on la retrouve ici avec un nouveau roman dans la veine de ses premières histoires et qu'est-ce qu'il est plaisant de retrouver la Amélie Nothomb de ses débuts !

J'ai adoré suivre la naissance et l'évolution de ses deux personnages principaux, Trémière et Déodat, découvrir la drôle de mythologie qui semble se tisser autour de leur vie tout en gardant un pied dans l'air moderne d'aujourd'hui. Amélie Nothomb est toujours très forte pour donner un côté intemporel à ses histoires en les situant cependant dans le monde actuel. 
« Certaines personnes avaient pitié de la toute petite fille qui vivait seule dans cette ruine avec une sorcière. Elles devaient pourtant admettre qu’elle semblait heureuse et en bonne santé. "L’enfance est un miracle", pensait-on. "On peut partager le quotidien d’une vieille folle et s’en accommoder." »
L'auteure, qui nous a déjà prouvé mainte et mainte fois qu'elle maîtrise l'art du discours, utilise ici le procédé plus discrètement. On ne se perd pas dans de longs échanges entre les personnages. Les discours sont plus souvent intérieurs, les points de vue internes, ce qui laisse place à un récit plus prenant. On retrouve cependant toujours le ton incisif de l'auteur dans ses différentes analyses sur la nature de l'humain, et ici sur la question de la beauté, de l'art, de l'intelligence. Mais plutôt que de nous présenter ses analyses dans de longues dissertations qui plombent le rythme et enlisent dans la lecture, elles servent ici le récit et sont habilement disséminées dans celui-ci. La lecture est donc très agréable : on retrouve ce qu'on adore chez l'auteur, son style et son ton si particulier, mêlés à une histoire prenante pour laquelle on se prend vraiment d'intérêt.
« Pour qui aime, découvrir que l’aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »
Construit comme une drôle d'oxymore disproportionnée, on prend plaisir à se plonger dans ce de conte à la fois cynique et poétique où la beauté côtoie la laideur, où l'absurde se mêle au pragmatique. Un bon nouveau roman dans la lignée des premiers roman d'Amélie Nothomb.






jeudi 25 août 2016

[Livre] Albert sur la banquette arrière d'Homer Hickman

Mosaic - Juin 2016
416 pages
Date de sortie originale : 24 septembre 2015
Titre Vo : Carrying Albert Home

C’est l’histoire d’un couple où l’un aime et l’autre pas. C’est l’histoire de Homer, honnête mineur de Virginie, d’Elsie, sa jeune épouse aux rêves déçus, et d’Albert. Mais qui est donc Albert ? Un alligator. Un cadeau de mariage qu’Elsie a reçu du grand amour de sa vie quand elle s’est résignée à épouser Homer. Une petite bête facétieuse et un peu cruelle, qui s’interpose sans cesse entre elle et son mari. Que fait Albert sur la banquette arrière ? On le ramène chez lui. Exaspéré par les tours féroces que lui joue l’alligator, Homer pose un ultimatum à Elsie : c’est Albert ou lui… Ainsi commence une expédition à trois vers la Floride, pour ramener Albert chez lui. Une aventure pleine de rebondissements, de rencontres…
(Source : Mosaic)

14/20

Albert sur la banquette arrière est un déluge d'aventures et de péripéties toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Il leur en arrive des choses à nos deux protagonistes (trois en comptant Albert l'alligator, quatre en comptant le coq).
« Ensemble, ils vécurent une grande aventure, sur la route du Sud, sous des cieux que je me représentais illuminés par le soleil doré du peintre et la lune argentée du poète. »

Ce road trip fantasque sur fond d'Amérique des années 30, période de la Grande Dépression, n'a en effet rien de singulier. On embarque très vite dans ce drôle de récit mêlant fiction et réalité. L'histoire est fractionnée en différentes étapes, chacune correspondant à une nouvelle aventure pour les personnages. Si le découpage permet d'avoir l'impression de suivre un énorme carnet de voyage (le narrateur, qui est aussi l'auteur en personne, intervient entre chaque partie pour expliquer d'où il tient telle ou telle histoire du voyage de ses parents), on finit cependant par se lasser un peu sur la fin. Les différentes péripéties ont beau avoir comme fil rouge commun le voyage pour ramener Albert l’alligator de la Virginie-Occidentale à chez lui à Orlando, l'avalanche de personnages, catastrophes, quiproquos, hasards et rencontres qui se mettent sur le chemin des protagonistes devient un peu redondante, une fois les deux cent premières pages passées. C'est ce que je reproche le plus au roman : cet excès d’événements qui arrivent à tout moment et a fini par plus me lasser que constamment m'amuser. Ça rend parfois la fantaisie plus monotone que délurée.
«  Ainsi va le destin ! Il nous emmène dans des directions étranges qui nous en apprennent non seulement sur la vie, mais aussi sur son but véritable. »

À côté de ça, on ne peut enlever à Homer Hickman ni son don pour l'utilisation du cocasse, ni son imagination. J'ai beaucoup aimé l'idée d'offrir aux lecteurs un hommage si personnel et en même temps fantasmé sur ses parents. On se plaît à penser que la plupart des faits racontés puissent être vrais. Le ton de l'histoire garde également toujours un fond très tendre qui rend les personnages attachants. Si le passif d'Homer m'a parfois un peu ennuyée et que l'air buté d'Elsie agace par instant, on se sent concerné par leur drôle de couple. Et puis, que dire d'Albert ! C'est peut-être le personnage que j'ai le plus apprécié finalement. J'ai adoré la façon dont l'alligator est traité comme une personne à part entière, ainsi que son caractère.
« Une rumeur commença à se répandre, selon laquelle Homer était malade, peut-être gravement. Les gens évoquèrent longuement son cas devant l'épicerie du village et le diagnostic semblait sans appel : la maladie d' Homer s'appelait "Elsie". Cette fille étrange - quoique charmante- était bien du genre à détruire un homme en exigeant de lui davantage que ce qu'il pouvait offrir. »

Si ce genre de grand récit mêlant humour et voyage ne fait désormais plus tout à fait partie de mes lectures aux histoires inédites (après Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson ou La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel de Romain Puértolas), j'ai apprécié la plume de l'auteur qui, malgré un récit parfois trop dense en aventures, reste toujours légère. Une lecture agréable pour l'été et pour s'évader un peu de sa monotonie quotidienne, à condition de réussir à rester bien accroché à l'histoire et à ses 400 pages qui semblent parfois un peu longues !




jeudi 18 août 2016

[Livre] Quand la nuit devient le jour de Sophie Jomain

Pygmalion - Avril 2016
224 pages
Date de sortie originale : 27 avril 2016


« On m'a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m'enfonce une épine dans le pied, décrire l'échauffement d'une brûlure, parler des noeuds dans mon estomac quand j ai trop mangé, de l'élancement lancinant d'une carie, mais je suis incapable d'expliquer ce qui me ronge de l intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà. La dépression. Ma faiblesse. Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n est en mesure de m'aider. Dieu, la science, la médecine, même l'amour des miens a échoué. Ils m'ont perdue. Sans doute depuis le début. J'ai vingt-neuf ans, je m appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois. Le 6 avril 2016. Par euthanasie volontaire assistée. »
(Source : Pygmalion)


14/20


Il existe des romans dont on comprend dès les premières pages que la lecture va être soit éprouvante, soit dérangeante. Avec Quand la nuit devient le jour, Sophie Jomain se lance dans un récit très sensible sur un sujet qui l'est tout autant : celui de l'euthanasie.
« Chaque personne devrait avoir le droit de mourir dignement. Quel que soit le mal dont elle souffre, invisible ou pas. »
Et pas n'importe quelle euthanasie ! L'euthanasie légale utilisée en solution à un mal-être et à une dépression incurables. Au premier abord, c'est un cas extrême qui m'a énormément choquée. Je ne savais tout simplement pas qu'il était légal dans certains pays (la Belgique dans l'histoire) de se faire euthanasier dans ce cas de figure. Comprenez bien, Camille est une jeune femme de 29 ans, saine d'esprit et physiquement en pleine santé. La douleur de Camille, celle qui la tue a petit feu et qui rend son existence invivable est psychologique. La jeune femme décide de mettre fin à ses jours à cause de ce mal-être. Et il existe donc des pays dans lesquels, si une armée de docteurs reconnait que ce mal-être est incurable, on vous donne le droit d'en finir à l'aide d'un processus médicalement assisté.
« Les maladies incurables sont généralement visibles à la longue, mais la mienne est sournoise. Elle se cache et donne l'illusion de ne pas exister. Elle est pourtant bien là, chaque jour, chaque nuit. Elle court dans mes veines comme un poison et insuffle à mes poumons un air irrespirable. »
Passé l'étape de l'interpellation face à cette révélation, on tente peu à peu de comprendre les raisons de Camille. Et la jeune femme nous les explique toutes en détails en début de roman. Elle nous relate sa descente en enfer, l'impossibilité pour elle de guérir et sa décision. Pourtant, et c'est là que Sophie Jomain est très bonne à mon sens, l'histoire prend rarement un tournant mélodramatique. On ne tombe jamais dans le pathos. La situation est triste évidemment, mais toujours abordée avec dignité. Parfois, le récit prend même un aspect presque trop analytique de la situation.
Cette façon d'écrire - que j'ai apprécié - et d'aborder le sujet de l'histoire permet à Sophie Jomain de présenter un roman qui ne penche jamais d'un côté ou l'autre de la balance : il n'est jamais fait l'apologie de l'euthanasie ou, au contraire, celle-ci n'est jamais jugée, condamnée. Dans le roman, il s'agit avant tout de choix, de vécus personnels et de dignité humaine.
« Une femme dotée d'un courage et d'une détermination exceptionnels, répète-t-il, mais cette obstination, Dieu que je l'admire et la hais. »
Quand la nuit devient le jour est un roman sur lequel donner son ressenti n'est pas chose aisée. Il est difficile de rester de marbre face au sujet qu'il aborde, de ne pas se sentir à la fois touché, révolté, de comprendre les choix de la protagoniste ou de les refuser catégoriquement. Il faut faire un très gros effort d'empathie pour réussir à se mettre dans la tête et dans la peau de Camille, pour ne pas condamner sa décision et, d'une certaine façon, l'accepter à défaut de la comprendre. Sophie Jomain réussit le pari de mettre en lumière un sujet très délicat et de le maîtriser pour en faire un roman qui interpelle, marque, reste à l'esprit et surprend même dans les tous derniers chapitres. On ressent dans l'implication de l'auteur derrière chacune de ses phrases que cette histoire lui tenait beaucoup à cœur. 






mercredi 17 août 2016

[Livre] En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut

Finitude - Janvier 2016
160 pages
Date de parution originale : 7 janvier 2016

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.
(Source : Finitude)

16/20

En attendant Bojangles est une ode à la vie, à la joie, au non-commun. C'est une histoire qui s'incarne dans une excentricité, l'excentricité d'une famille vue à travers les yeux d'un petit garçon pour qui cette originalité qui fait son univers est des plus banales.
« Son comportement extravagant avait rempli tout ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l'horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l'avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m'en imprégner, mais je craignais qu'une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n'existait pas. »
On se laisse porter dans ce trio familial, dans leurs habitudes, leurs manies. Tout est cocasse dans leur façon de vivre. De leur liberté à partir en vacances quand ils le souhaitent, à Mademoiselle Superfétatoire, la grue de Namibie qui vit avec eux et adore la lecture, en passant par la mère qui change de prénom tous les matins. Et au milieu de tout ça ? Un enfant : le narrateur.

Olivier Bourdeaut nous propose un récit d'enfance entrecoupé d'extraits d'une sorte de journal intime écrit par le père de celui-ci. On suit les prémices et la construction de cette drôle de famille en parallèle de sa routine quotidienne qui n'a rien pourtant strictement rien de routinière !
« Le temps d'un cocktail, d'une danse, une femme folle et chapeautée d'ailes, m'avait rendu fou d'elle en m'invitant à partager sa démence. »
Les émotions se mélangent, s'alternent tout au long du récit. On est amusé par le drôle de trio (de quatuor, en comptant Mademoiselle !) tout en étant touché par la tournure dramatique que peut parfois prendre la vie. Le ton d'Olivier Bourdeaut semble toujours juste, à la fois naïf, tendre et pourtant, emprunt d'une certaine gravité qui transparaît de plus en plus à mesure que l'histoire progresse.
« Puis, lorsque le dernier quartier ensoleillé disparaissait derrière le sommet de la montagne, Bojangles retentissait, porté dans l'atmosphère par la voix douce et chaude de Nina Simone. C'était tellement beau que tout le monde se taisait pour regarder Maman pleurer. »
Avec ses 160 pages, En attendant Bojangles est un court roman marquant, une petite perle d'originalité pleine de névrose et d'amour qui se dévore le temps d'une valse, comme une grande bouffée de fraîcheur.




mardi 16 août 2016

[Livre] POLICE d'Hugo Boris

Grasset - Août 2016
198 pages
Date de parution originale : 24 août 2016

 Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer. En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?
(Source : Grasset)


14/20

POLICE est là mise sous-tension de trois collègues, de trois policiers, qui se retrouvent, un soir, chargés de la mission d'escorter un réfugié à l'aéroport Charles de Gaulle dans le but de son expulsion du pays.
Si le sujet traité par Hugo Boris est évidemment d'actualité – souvent exposé du point de vue des victimes et donc de l'horreur de la chose -, il est ici pointé du doigt dans un huis-clos finement mené et surtout, très humain.
« Par terre, son gilet pare-balles tient tout seul, donne l'illusion qu'elle a arraché sa cage thoracique pour la poser là un instant. Elle s'est voûtée sous son poids au cours de la journée. Elle redresse la tête, son visage est le même dans le miroir du lavabo. Il ne trahit pas sa pensée, celle d'être une femme qui avorte demain. »

Les trois policiers ne sont pas présentés comme des bourreaux sans cœur, on apprend furtivement à connaître des fragments de leur vie, de leur passé, de leurs sentiments intérieurs aussi. Des images qui laissent transparaître beaucoup d'humanité (et de failles), tout autant que dans leur façon d'aborder leur mission nocturne et de se heurter à la réalité quant à l'expulsion de certains réfugiés.
« Le sang sur son treillis n'est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée , se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo , jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier. Elle en passe un premier qui lui arrive à mi-ventre. Elle sait que le poids du ceinturon, de l'arme, du chargeur, des menottes et de la matraque fera redescendre le treillis au niveau des hanches. »

La reconduite à la frontière du réfugié reste le sujet central du livre, mais la façon dont il est traité – en toile de fond parfois - laisse l'esprit de Virginie, la policière qui fait le plus office de personnage principale, se disperser vers des sujets personnels tels la maternité, l'adultère, la difficulté d'être une femme dans un monde d'hommes. Cette façon constante de s'éloigner du sujet du roman pour y revenir m'a énormément plu, on a réellement l'impression de se retrouver plongé dans l'esprit en pleine introspection de quelqu'un se retrouvant tiraillé par ses choix, ses valeurs et cogite sur les décisions à prendre, qu'elles soient immédiates ou non.

Avec ce huis-clos qui ne dure que le temps de quelques heures, d'une voiture de police à un aéroport, Hugo Boris prend le parti-pris de traiter le sujet des réfugiés d'un point de vue assez différent de celui que l'on peut avoir d'ordinaire. Ici, le réfugié ne participe pas réellement au cheminement internet de l'histoire, il n'est que la cause, la cassure dans la vie des trois policiers, celle qui les amène à remettre en question leur vie et leur métier. Ce point de vue ciblé sur la Police est un parti-pris qui aurait pu paraître risqué si l'auteur ne l'avait pas abordé avec autant de finesse, de normalité et d'humanité. Un très bon roman sur le sujet qui, comme le laisse suggéré la typographie du titre du livre sur la couverture, nous permet, le temps d'un instant, de passer de l'autre côté du miroir, de l'autre côté de l'uniforme.




jeudi 7 juillet 2016

[Livre] Tritons, tome 1 : L'invasion des lézarkks sanguinaires de Doug TenNapel

Rue de Sèvres - Janvier 2016
192 pages
Date de parution originale : 6 janvier 2015

Titre Vo : Nnewts, book 1 : Escape from the Lizzarks

Zak, un adorable petit Triton aux frêles pattes, rêve de jambes solides, ce que ses parents auraient de tout coeur voulu lui transmettre. Quand son paisible village est attaqué par les cruels Lézards, il n’a d’autre choix que de fuir et d’abandonner la seule vie qu’il ait connue. Maintenant, seul et en cavale, Zak découvre un monde dangereux, rempli de créatures étranges et de mystères sans nombre, où les amis sont rares mais où plane la menace d’un sombre seigneur…
(Source : Rue de Sèvres)

14/20

Surtout connu dans le monde du jeu vidéo pour ses créations, Doug TenNapel est un artiste aux multiples visages. Animateur de film, musicien, graphiste, on le retrouve ici en tant qu'auteur de bande dessinée jeunesse pour un premier tome de ce qui s'annonce être une trilogie.

Ce premier opus nous présente Zak, un petit Triton plein d'entrain qui rêve d'aventures. Mais, affublé de toutes petites pattes trop fragiles pour marcher sur la terre ferme, le voilà coincé dans le bassin  au centre de sa maison avec ses petits frères, les œufs n'ayant pas encore éclos. Il y vit des jours paisibles, entouré par l'amour de ses parents et de sa soeur Sissy... Mais c'était sans compter l'arrivée des horribles et cruels Lezzarks !


L'histoire de Tritons prend la forme d'une quête initiatique aux accents de fantasy avec ses touches de magie en plein milieu du monde des reptiles et des amphibiens. L'idée est originale et l'univers amusant à découvrir. Les dialogues menés avec humour y contribuent, même si le ton semble parfois un peu enfantin.


J'ai beaucoup apprécié le coup de crayon de Doug TenNapel. Ses graphismes sont très agréables, pleins de couleurs vives et de contrastes qui donnent un côté fantaisiste à l'histoire et rendent l'immersion dans celle-ci très sympathique.


Avec son ton qui oscille d'humour à gravité, d'adorable à dureté, de poésie à fantaisie, Tritons est un habille mélange dans lequel il est facile de se plonger. Bien que j'ai regretté le manque de rythme du récit durant certains passages, ce premier tome permet de mettre correctement l'histoire en place et plaira aux plus jeunes comme aux plus grands tout en promettant de belles choses pour la suite.
Merci aux Éditions Rue de Sèvres et à Babelio pour cette lecture !






mercredi 8 juin 2016

[Livre] Théodose le Petit de Razvan Radulescu

Zulma, mars 2016
512 pages
Date de parution originale : 2006
Titre VO : Teodosie cel Mic

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si d’infâmes conspirateurs – le très retors Silure et le cruel duc d’Ottobourg – ne complotaient à renverser le trône du paisible Théodose…
(Source : Zulma)

16/20

Étrange roman que voilà ! Derrière cette drôle de couverture bariolée de champignons et de fraises (les couvertures de Zulma sont décidément toujours aussi chouettes) se cache une histoire tout aussi haute en couleurs. Ne vous laissez pas rebuter par une quatrième de couverture foisonnante d'informations qui pourrait supposer une lecture longue et laborieuse, Théodose le Petit est un des livres les plus amusants et faciles à découvrir qu'il m'ait été donné de lire.
« Dans la véranda de sa maison, à laquelle on accédait par un escalier, Théodose le Petit demanda qu'on lui apportât son fauteuil à bascule, pour pouvoir regarder à son aise le jardin.- Je suis malade, annonça-t-il au Chatchien, et je veux des fraises. Apporte-m'en. »
Dans un royaume imaginaire (ou presque, puisque Bucarest en est la capitale), Théodose, jeune prince héritier du trône, coule des jours heureux chaperonné par son tuteur, le Chatchien et ses amis Otilia la fantôme, Calliope la chouette ou encore Samuel le minotaure. Bien sûr, puisque tout ne peut toujours aller bien dans le meilleur des mondes (et que, sinon, il n'y aurait pas de roman), les choses commencent à se gâter quand les vilains de l'histoire (le colérique Silure et le cruel Otto) se mettent chacun en tête de s'accaparer le royaume (dont vous pouvez trouver la carte page 189, ce qui est très utile pour suivre le cheminement de nos héros). Et les ennuis commencent pour Théodose ! De traités en traîtrises, de manigances en machinations, nous voilà embarqué dans les méandres d'un coup d'État à la fois surprenamment bien imaginé et drôlement satirique. 
« La meilleure main, c'est celle avec laquelle tu t'aides seul. C'est valable aussi dans un sens cochon, ajouta le Silure protecteur en ricanant. »
Razvan Radulescu nous propose en effet une satire finement montée sur le thème du pouvoir et ce, à travers un univers totalement délirant. Ici, le moderne se mélange à une royauté plus moyen-âgeuse, des histoires d'inventions loufoques s'imbriquent dans des plans d'attaques minutieusement élaborés, l'apparition de l'avion ou de la montgolfière est surprenante quand l'électricité est une chose tout à fait banale, des soldats se battent à coup de sabres ou d’arbalètes quand des offrandes de grille-pains ou de lave-linges à des monstres semblent tout à fait normales... Et que dire des habitants du royaume ! Humains, animaux, insectes, fantômes ou créatures mythologiques, il y a de quoi faire avec la pléthore de personnages qui prennent vie dans les pages du roman. Bref, vous l'aurez compris, l'univers de l'auteur est riche en imaginaire et en absurde, pour notre plus grand plaisir. 
« - Tu as excédé plusieurs fois les bornes de ma patience. J'ai désiré, à quelque deux reprises, te boulotter avec une sauce tomate. Ne ris pas, tu sais que je peux le faire. »
Et tout autant que les idées de Razvan Radulescu, son style d'écriture est également remarquable. Il manie avec habileté les genres (de la simple narration en passant par l'épistolaire ou l'art du discours) tout en mélangeant les styles (de l'enfantin au caustique ou au poétique). Jusqu'à faire souvent des petites apartés sous forme de notes de bas de page adressées aux lecteurs pour expliquer ses déboires avec son éditeur (et la censure de certains passages trop osés) ou bien en passant par les personnages du roman eux-mêmes qui se mettent à remettre en question la façon dont l'auteur a écrit leur histoire ("Si ce roman était mieux écrit, il se passerait ça, ça et ça...") et c'est extrêmement drôles. Son écriture reste pourtant très simple et, agrémentée la plupart du temps d'un ton pince-sans-rire, se lit avec plaisir. Mais elle est aussi très imagée. Chaque page se mouvant en véritable scène dans mon esprit, j'ai pris beaucoup de plaisir à imaginer chaque péripéties et à voir se dérouler l'histoire dans ma tête, comme une sorte de comédie un poil burlesque, très drôle à voir sur écran.
« Note : En pleine contradiction avec les propos d'Otto, l'éditeur a censuré le passage qui contenait la description sommaire de l'éviscérateur bucco-ano-vacuumatique, et l'a fait sans m'en avertir. Le scandale qui s'est ensuivi ne mérite l'attention de personne, n'étant que le désagréable préambule à des compromissions. Ainsi, l'éditeur m'a fait part de sa stupeur, à propos du neuvième chapitre, plein, à son avis, d'horreurs, de cruautés intolérables, voire pornographiques, incompatibles avec un livre qui s'adresse à des petits ("à des petits" est l'expression favorite de mon éditeur, chaque fois qu'il s'agit des lecteurs potentiels de ce livre). »
Ce roman fut une excellente surprise à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Adorant l'humour lorsqu'il est finement maîtrisé et - plus que ça même - le cocasse, j'ai été bluffée par l'imagination de l'auteur et sa facilité à nous faire pénétrer dans son univers, pour, finalement, s'en moquer. Théodose le Petit est un mélange de Jean Teulé et de Douglas Adams saupoudré de conte et merveilleux à la sauce roumaine dont je suis ressortie conquise. Merci aux Éditions Zulma et à Babelio pour cette découverte !




mercredi 1 juin 2016

[Livre] Survivre de Vicki Petterson

Sonatine - Avril 2016
352 pages
Date de parution originale : 7 juillet 2015
Titre VO : Swerve

Au cœur de l’été, Kristine Rush et son fiancé, Daniel, quittent Los Angeles pour passer un week-end en amoureux, près du lac Arrowhead. En traversant la fournaise du désert de Mojave, ils s’arrêtent sur une aire de repos déserte. Dans les toilettes, Kristine se fait agresser par un inconnu qui la laisse inconsciente. Lorsqu’elle revient à elle, la voiture est toujours là, mais Daniel a disparu. Que faire ?
(Source : Sonatine)

16/20

Clair, net et précis : le titre de ce premier thriller de Vicki Petterson est incisif, à l'égal de son intrigue. Ne vous attendez à rien d'édulcoré ou de gentillet, l'histoire de Kristine est sombre et cruelle... Attention, la course contre la montre débute !

Partie pour une longue traversée du désert de Mojave aux côtés de Daniel, son nouveau fiancé, dans le but de rejoindre la maison familiale de celui-ci pour la fête du 4 juillet, Kristine est loin d'imaginer ce qui l'attend. Au détour de la première aire de repos déserte où ils décident de faire un arrêt, tout dérape. Agressée dans les toilettes par un homme dont elle ne parvient pas à voir le visage, elle découvre à son retour à la voiture que son fiancé a disparu. Guidée par un simple téléphone et les consignes d'un inconnu tordu aux sombres desseins, elle n'a que 24 heures pour espérer revoir son fiancé en vie. Que le jeu commence...
« Personne n’existe en vase clos. Tout le monde a au moins un lien vital avec la planète, que ce soit par le sang ou par l’amour. Lui, c’est par le sang. Par chaque personne qu’il tue. »
Le thriller n'offre que peu de répit au lecteur, on se retrouve embarqué aux côtés de Kristine pour cette course contre la montre effrénée sous forme de chasse au trésor macabre. Le roman possède une intrigue efficace, sans temps morts avec une histoire qui rentre directement dans le vif du sujet au bout de quelques pages et qui tient en haleine jusqu'à la fin. Il faut dire que le jeu malsain et cruel dans lequel Kristine se fait entraîner est aussi captivant qu'effrayant. A chaque nouvel indice placé sur sa route, on redoute le nouvel accès de violence morbide à laquelle elle va se retrouver confronter.
« Une femme sait quand elle est traquée, après tout… surtout si elle l’a déjà été. »
Pourtant, il en faut beaucoup plus pour faire perdre pieds à notre protagoniste. Kristine est une femme forte, déterminée, qui en a déjà vu de toutes les couleurs. Et surtout, Kristine est une femme au passé ténébreux... au sens propre comme au figuré. On n'en sait d'abord que très peu sur son passé, sur les zones d'ombres qui semblent le parsemer et qu'elle se tue à garder enfouies dans un coin. Le personnage distille les informations sur son enfance au fur et à mesure que son périple dans le désert avance, au fur et à mesure que ses barrières tombent et que la nature qu'elle tente de dissimuler refait surface. On comprend peu à peu d'où vient cet acharnement de Kristine à "ne pas nuire", ce leitmotiv qu'elle se répète en boucle durant toute une partie du roman, comme une bouée de sauvetage pour ne pas sombrer dans les ténèbres (à nouveau). J'ai beaucoup aimé cet aspect plus psychologique du roman qui contrebalance avec le côté très brut et sans concession de la course contre la montre.
« C’est un autre problème avec les ténèbres : on peut plaquer dessus tout ce que l’imagination peut concevoir ; et quand le jour laisse place à la nuit ? Mon imagination ne connaît pas de limites. »
Avec son style fluide et très imagé (je vous laisse imaginer les descriptions de certaines mises en scène faites par le tordu qui persécute Kristine), on se plonge sans peine dans ce thriller haletant et prenant pour n'en décrocher qu'à la toute fin. Un coup d'essai réussi pour l'auteure habituellement plus familière das sagas fantastiques.