lundi 25 mai 2015

[Découverte] Le Mooc Fantasy sur FUN, c'est parti !

Depuis le 19 mai dernier, la plateforme numérique FUN (France Université Numérique) propose un Mooc Fantasy, ouvert à tous et destiné à tous les curieux du genre. L'occasion d'en apprendre un peu plus sur ce que nous lisons, regardons ou de réellement comprendre d'où vient ce grand genre largement répandu dans la littérature et le cinéma.

Mais tout d'abord, qu'est-ce qu'un Mooc ? Massive Open Online Course (cours en ligne ouverts à tous en français), les Mooc sont des cours conçus par des professeurs d'universités et écoles françaises et internationales. Pour y participer, rien de plus simple ! Il suffit de créer un compte sur le site  https://www.france-universite-numerique-mooc.fr et de s'inscrire au Mooc de son choix. L'inscription ouvre l’accès aux différents cours publiés chaque semaine sous forme de vidéos et de PDF proposés par les multiples intervenants. Des QCM et exercices permettent d'évaluer les connaissances des inscrits tout au long des modules.

Je trouve l'initiative et le système vraiment très sympas. J'ai décidé de m'y inscrire après avoir assisté à tout un tas de débats (sur le forum de Booknode notamment) à propos ce qu'on pouvait réellement définir comme étant de la fantasy, sur quels romans ou films en faisaient partie. C'est l'occasion d'avoir enfin des réponses claires à toutes ces interrogations ! Pour le moment, les cours sont très intéressants, les références très actuelles permettent de bien comprendre et d'imager de quoi il est question et les transcriptions des cours en PDF aident à pouvoir revenir facilement sur un point qui nous aurait échappé.

Pour ceux qui seraient intéressés par le Mooc Fantasy, de l'Angleterre victorienne au Trône de fer,  les inscriptions restent ouvertes jusqu'au 20 juin.



samedi 9 mai 2015

[Livre] La Fille du train de Paula Hawkins

Sonatine, 2015 - 378 pages
Date de parution originale : 2015
Titre Vo : The Girl on the Train

Vous ne voyagerez plus jamais comme avant... Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller et revenir de Londres. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe une jolie maison. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu'elle aperçoit derrière la vitre : Jason et Jess. Un couple qu'elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l'être par le passé avec son mari, avant qu'il ne la trompe, avant qu'il ne la quitte. Mais un matin, elle découvre un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, c'est avec stupeur qu'elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu...

17/20


C'est dans le hall d'une gare que je suis tombée avec amusement sur une des affiches annonçant la sortie de La Fille du train de Paula Hawkins. J'avais repéré le roman quelques mois auparavant mais il m'était complètement sortie de la tête. Le livre sortant le jour-même, il ne me restait plus qu'à me le procurer, à prendre place dans mon train et à embarquer au cœur de cet excellent thriller.
« Nous sommes tous des voyeurs. Les gens qui prennent le train tous les jours pour se rendre au travail sont les mêmes partout dans le monde : chaque matin et chaque soir, nous sommes installés sur notre siège, à lire le journal ou écouter de la musique ; nous observons d’un œil absent les mêmes rues, les mêmes maisons et, de temps à autre, nous apercevons un éclair de la vie d’un inconnu. Alors on se tord le cou pour mieux voir. »
Rachel est une jeune femme solitaire. Son couple, fragilisé après que leurs tentatives de faire un enfant aient échoué, n'a pas supporté l'alcoolisme dans lequel elle avait fini par tomber. Aujourd'hui seule, sans emploi, hantée par le souvenir de Tom, son ex-mari qui a depuis refait sa vie, Rachel puise sa force dans les bouteilles d'alcool et les histoires qu'elles inventent sur le couple qu'elle aperçoit à travers la vitre du train qu'elle prend chaque matin et soir. Elle les appelle Jess et Jason et, tous les jours, elle tisse dans son imagination des pages de leur vie. Mais un matin, le visage de Jess s'affiche partout dans les médias. La jeune femme s'appelle en réalité Megan et elle vient juste de disparaître...
« Peu à peu, j’ai compris que, quand on se réveille dans cet état-là, on ne demande pas ce qui s’est passé, on se contente de dire qu’on est désolé : on est désolé de ce qu’on a fait et de ce qu’on est, et on ne se comportera plus jamais ainsi, jamais. »
Il y a des livres, comme ça, qui nous assurent au bout de seulement quelques pages que l'on va passer un excellent moment. La Fille du train est de ceux-là. Histoire à trois voix, on se retrouve embarqué dans les vies de Rachel la fille du train, Megan la victime et Anna la nouvelle épouse de Tom. Trois personnes qui n'auraient s'en doute jamais pensé avoir affaire l'une à l'autre et qui se retrouvent rassemblées autour d'un même quartier, théâtre de leurs trois histoires. Trois voix de femmes, trois narratrices dont les récits s'alternent et dont on apprend peu à peu les vies respectives, dont on découvre les personnalités... et les secrets également. Les récits sont aussi découpés selon les soirs et les matins, au rythme du trajet de train quotidien de Rachel, un petit détail qui m'a beaucoup plu et structure le roman d'une façon plutôt originale.
« Il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l’abri, chez eux. »
Qui n'a jamais, en prenant le train ou même le bus, tenté d'imaginer les vies des gens qui nous entourent, des autres passagers ou de ceux que l'on voit derrière la vitre ? Ce sont de parfaits inconnus et pourtant, on capte inconsciemment ces petits détails qui nous donnent des indices sur leur vie, sur ce qu'ils sont. La musique que l'on entend à travers des écouteurs, une façon de s'habiller, deux personnes qui se tiennent discrètement la main, un livre en train d'être lu. Il est réellement facile d'imaginer des mondes et les vies qui vont avec. Et, malgré les faiblesses que portent Rachel, il est simple, dans ces moments là, de comprendre sa démarche et ce qu'il lui passe par la tête.
« "On a beaucoup de mal à lui faire faire ses nuits." On. Nous. Notre petite famille. Avec nos problèmes et notre routine. Quelle connasse. Si c’était un oiseau, ce serait un coucou. Elle est venue pondre ses œufs dans mon nid. Elle m’a tout pris. Elle a tout pris, et maintenant elle m’appelle pour me dire que ma détresse la dérange ? »
C'est d'ailleurs peut-être pour cette raison qu'il est si simple de prendre la jeune femme en sympathie. Bien qu'on se retrouve un peu désarçonné face à cette protagoniste instable à laquelle on ignore si on peut se fier à cause de son alcoolisme, des nombreux trous noirs qui l'accompagne et de sa fragilité psychologique, Rachel touche par son parcours chaotique et les épreuves qu'elle a du traverser. Au fond du gouffre, on comprend les raisons qui l'ont amené à de telles extrémités. Inévitablement, la pitié vient se rajouter à l'empathie qu'elle dégage. En comparaison, j'ai eu beaucoup plus de mal à accrocher à Anna et Megan, la première dégageant une certaine sûreté d'elle-même et de sa vie bien rangée qui la rend antipathique, la deuxième étant beaucoup trop rongée par les secrets.
« La tristesse se change en quelque chose de pire : un souvenir, une vision d’hier. »
Tout au long du roman, les hypothèses vont bon train, tout le monde revêt à un moment ou l'autre la casquette du coupable et entre mensonges et trahisons, il parfois compliqué d'y voir clair et de trancher sur qui sont les gentils et qui sont les méchants. Du coup, lorsque l'intrigue finit par se résoudre, on est assez loin d'avoir compris le fin mot de l'histoire avant qu'il ne nous soit annoncé. Et j'avoue que pour une fois, le dénouement me satisfait pleinement !
« Le vide : voilà bien une chose que je comprends. Je commence à croire qu’il n’y a rien à faire pour le réparer. C’est ce que m’ont appris mes séances de psy : les manques dans ma vie seront éternels. Il faut grandir autour d’eux, comme les racines d’un arbre autour d’un bloc de béton ; on se façonne malgré les creux. »
La Fille du train est un très bon thriller contemporain qui, abordant l'infidélité et l'alcoolisme, traite de sujets actuels. Avec son intrigue bien ficelée et parfois très forte psychologiquement, le lecteur se retrouve piégé dans ces histoires entremêlées qui cachent bien des choses à découvrir.  Un premier roman qui ne manque certainement pas d'intérêt, comme l'obtention des droits adaptation sur grand écran par Spielberg tend à le confirmer.




vendredi 8 mai 2015

[Livre] Si le rôle de la mer est de faire des vagues... de Kim Yeon-Su

Philippe Picquier, 2015 - 267 pages
Date de parution originale : 2012
Titre Vo : 파도가 바다의 일이라면 (Si la vague était le fruit de la mer)

Un jour, Camilla reçoit six cartons de vingt-cinq kilos qui contiennent toute son enfance. Entre un ours en peluche et un globe terrestre, la photo d’une jeune fille, petite et menue : celle de sa vraie mère avec un bébé dans les bras. Camilla a été adoptée peu après sa naissance par un couple d’Américains. Aujourd’hui elle a vingt et un ans et décide de partir en Corée à la recherche de sa mère.
Au fil d’une enquête aux multiples bifurcations, chacun livre sa version de l’histoire bouleversante de cette lycéenne de seize ans devenue mère, les rumeurs, les secrets, les tragédies, le mystère de l’identité du père. Peu à peu Camilla remplit les blancs de son passé, qui se confond avec celui de cette petite ville portuaire où elle est née, et toute sa vie s’en trouve changée.
Un roman riche en harmoniques, à l’imaginaire poétique et émouvant, enraciné dans la réalité sociale de la Corée d’aujourd’hui.


15/20

Je lis peu de littérature asiatique, connaissant surtout Haruki Murakami et les quelques romans que j'ai lu de lui et qui reposent sagement dans ma bibliothèque. Pourtant, j'aime beaucoup les romans de ce coin du monde. J'aime leur ambiance poétique, souvent très marquée par les vieilles croyances ou légendes et dont l'histoire est ancrée dans un mode de pensée qui diffère vraiment du notre et pousse les gens à s'interroger sur eux-même. Les récits qu'ils livrent sont souvent pleins de sens et sous le joli de titre de Si le rôle de la mer est de faire des vagues se cache en effet une belle histoire de vie.
« La solitude nous rend-elle plus faibles ? J’en doute, car j’ai toujours cru que lorsque je me sentais seule, c’était justement le moment de devenir plus forte. »
Dans ce court roman de moins de trois cents pages, l'auteur sud-coréen Kim Yeon-Su nous parle de Camilla. Jeune femme d'une vingtaine d'années d'origine coréenne, elle a perdu sa mère adoptive peu de temps auparavant. Le remariage imminent de son père adoptif lui livre un bien triste constat : elle est désormais seule.  Munie d'une photo trouvée dans un vieux carton, elle décide de se lancer sur la traces de sa mère biologique : direction Jinnam, petit ville côtière en Corée. Sa ville natale.
« Un verre vide est là pour qu’on le remplisse, une chanson est faite pour être chantée, une lettre doit être livrée à son destinataire, et moi je veux retourner dans ma vraie maison, dans les bras de ma véritable mère. »
Une véritable quête identitaire voit le jour au fil des pages. Car pour se construire, Camilla a besoin de savoir qui elle est vraiment. Elle doit découvrir le passé de sa mère, Ji-eun, et les zones d'ombre qui entourent sa naissance, une vingtaine d'années plus tôt.
Les rencontres s’enchaînent, les versions de l'histoire qui entoure Ji-eun aussi. Le mystère plane jusqu'au bout, ponctué ça et là de révélations qui renforcent le côté obscur du passé des deux jeunes femmes.
« Toute histoire secrète contient en elle-même la propriété de se révéler, comme un cadavre jeté à la mer. Tout ce qui est enfoui remonte à la surface, porté par sa capacité à flotter. La vérité finit toujours par se faire jour, par un effet de levier activé par les désirs de chacun. »
Le roman m'a touchée par sa profondeur et ses multiples réflexions. Le passé peut être un poids très lourd, et chez Camilla, les transformations sont fulgurantes. On voit la jeune femme évoluer au fur et à mesure que les révélations sur sa mère affluent. L'écriture pleine de poésie de l'auteur se suit avec délectation (j'ai d'ailleurs eu du mal à ne sélectionner que quelques extraits tant le roman regorge de petites perles), Kim Yeon-Su a un style très éthéré, il jongle avec les métaphores, les poèmes et le sens profond des choses avec une facilité déconcertante.
« Quand arrive une catastrophe, une fois que c’est terminé, on arrive toujours à savoir quand ça a commencé. Un effondrement est toujours précédé d’une fissure, mais on n’y prête attention qu’une fois que la destruction a eu lieu. Dans ce sens, n’est-il pas exagéré de dire que le premier signe de faiblesse ne se manifeste qu’après l’anéantissement ? »
L'histoire souffre cependant d'une construction assez chaotique. Le style ne plaira pas a tout le monde, c'est certain. On a parfois un peu de mal à se situer dans le temps, à s'accrocher au fil qui maintient l'histoire en place. Les changements de lieux, les ellipses, le découpage selon différents points de vue (seul la première partie est du point de vue de Camilla) rendent parfois les parties de l'histoire assez inégales, la dernière notamment qui, si elle est riche en révélations et permet de mettre les pièces du puzzle en place, semble un peu éloignée du fil conducteur qui suit la quête de Camilla.
« Si le rôle de la mer est de faire des vagues, mon rôle à moi est de penser à toi. Depuis que nous avons été séparées, je ne t’ai jamais oubliée, pas même un seul jour. »
L'histoire et son sujet sont forts. Le roman se lit avec attention, on est pris dans la recherche de Camilla sur ses origines grâce à un coup de plume remarquable qui allie avec doigté passé et présent, légende et réalité. 
De quoi avoir envie de lire des auteurs asiatiques un peu plus souvent !


samedi 2 mai 2015

[Livre] Les Réponses d'Elizabeth Little

Sonatine, 2015 - 431 pages
Date de parution originale : 2014
Titre Vo : Dear Daughter

Après un procès qui a passionné l’Amérique, la jeune Janie Jenkins est reconnue coupable de l’assassinat de sa mère, la très fortunée et très mystérieuse Marion Dressner. Dix ans plus tard, le procès est révisé en appel, la libération de Janie scandalise le pays, convaincu de la culpabilité de la riche héritière.
Janie est-elle coupable ou innocente ? Elle-même n’en a pas la moindre idée. Trop ivre la nuit du meurtre, elle n’a plus aucun souvenir de ses faits et gestes. Ne lui reste en mémoire que les deux derniers mots prononcés par sa mère, deux mots mystérieux qui vont la conduire à aller chercher les réponses à toutes les questions qu’elle se pose dans une petite ville du Middle West.

16/20

Encore un thriller ! J'en lis beaucoup en ce moment et il faut avouer que le nouveau catalogue des éditions Sonatine regorge de curiosités et résumés qui font envie. Parmi les parutions récentes, j'ai jeté mon dévolu sur le premier thriller d'Elizabeth Little : Les Réponses. Et les réponses, on les attend justement de pieds ferme car les questions, elles aussi, sont nombreuses au début du roman...
« C’est déjà assez difficile de clamer votre innocence quand tout le monde est persuadé du contraire. Ça devient carrément impossible quand vous-même n’êtes sûre de rien… »
Janie Jenkins vient de sortir de prison. Incarcérée dix ans plus tôt pour le meurtre de sa mère, célèbre figure médiatique, un problème de falsifications de preuves dans un laboratoire lui offre une libération anticipée. Chaperonnée par son avocat Noah, elle tente de faire profil bas face à la foule vindicative, persuadée de sa culpabilité. Mais pour la jeune femme, il est hors de question de suivre les conseils de Noah, d'aller s'enterrer dans le Wisconsin et de laisser le passé derrière elle. L'occasion est trop belle pour enfin tenter de faire la lumière sur ce qu'il est arrivé lors la fameuse nuit du meurtre. Affublée d'une franche détermination et d'une nouvelle identité, Jane se lance sur les traces du passé de sa mère.
« Quand je repense à la nuit où ma mère est morte, c’est comme essayer de triturer une vieille antenne télé pour capter un lointain signal. De temps en temps, un vague quelque chose apparaît à l’écran, mais le plus souvent j’arrive juste à avoir le grésillement et un mur de neige impénétrable. Parfois il n’y a même pas d’image. Parfois il n’y a même pas de télé. »
Enfant de riche aux airs hautains, avec sa personnalité très affirmée et son attitude détestablement venimeuse, Jane est le type de l'héroïne qu'on voudrait détester. Mais Elizabeth Little réussit avec brio à nuancer son personnage et la jeune femme nous laisse vite entrevoir ses failles.  J'aime beaucoup ce genre d'héroïne atypique, à la limite de l'anti-héros. La personnalité est contradictoire avec son air tranchant, son cynisme, son égocentrisme, et pourtant, on a du mal à la détester grâce aux touches de vulnérabilité que l'auteur distille. On en vient même à la trouver attachante. Il faut dire que sous ses airs de gosses de riches capricieuses, se cache une femme intelligente et profondément blessée.
Emprisonnée depuis l'âge de 16 ans, Jane doit se reconstruire en tant que femme, en tant que personne, retrouver prise dans un monde qu'elle ne connaît pas forcément, habituée depuis des années à son milieu carcéral fermé et sécuritaire. C'est dans ces moments de vulnérabilité où elle baisse sa garde et où on la retrouve en prise avec ses incertitudes et ses démons qu'on s'attache à elle.



Le côté thriller est amené tout en discrétion et se retrouve surtout dans la fin ou dans la menace constante que la couverture de Jane puisse être découverte. Le reste du roman prend essentiellement l'aspect d'une quête identitaire et de vérité. Une quête à double tranchant : Jane a besoin de savoir si elle est innocente, mais elle doit également découvrir le passé de sa mère et ainsi le sien. Et dans la famille de Jane, les secrets et les cadavres dans les placards sont nombreux.
« Il y a ceux pour qui l’imprudence est un état d’abandon. Ou d’étourderie. Ou une décision consciente d’ignorer les répercussions et les éventualités. Et je suis sûre que c’est libérateur pour eux, comme de tourner très vite sur soi-même et de se laisser tomber par terre. Mais pas pour moi. Mon imprudence était une démonstration de contrôle. Je tournais sur moi-même pour prouver que je pouvais marcher droit juste après. »
L'ambiance un peu vieillotte du fin fond du Dakota du Sud m'a beaucoup plu. J'aime ce genre de roman plein de secrets recouverts de poussières et de personnages craquelés par la vie et le temps. Avec son passé minier, ses villes jumelles dont l'une est abandonnée et sa panoplie de personnages haut en couleurs qui servent tous l'intrigue à leur manière (du couple d'amies lesbiennes à la jeune adolescente piquante en passant par le flic désabusé), le roman a un vrai charme désuet propre au Middle West américain. 
Pourtant, le roman est bien dans l'air du temps. Il possède une construction très originale  et moderne avec des insertions de coupures de journaux, de posts sur des blogs, d'articles de Wikipédia, de Sms, de retranscriptions d'interview ou d'interrogatoires qui permettent de nous ouvrir sur la vie de Jane et de nous sortir de son point de vue subjectif. 
« J’imagine que pour certaines personnes le silence peut être reposant, voire réconfortant : des pleurs qui ont été calmés, une douleur apaisée, un doudou câliné. Mais, pour moi, c’est juste le moment avant que le monstre ne se réveille. »
Les Réponses possède le charme vieillot des vieux thrillers avec une modernité pourtant flagrante dans la forme du roman et dans son style également. Elizabeth Little a une plume qui me plaît beaucoup, très franche, percutante, parfois un brin sarcastique, qui va droit au but et correspond, pour le coup, vraiment au personnage de Jane. L'intrigue et le suspense sont savamment menés, je regrette juste une fin un peu brusque qui ne laisse que peu d'explication sur le devenir des personnages. Le roman aurait mérité quelques pages de plus. En tout cas, l'auteur prouve qu'elle a sa place dans le catalogue des Éditions Sonatine, et ceux-ci démontrent une fois de plus qu'ils ont du flair pour dénicher des pépites du genre.