mardi 29 mars 2016

[Film] Zootopie de Byron Howard

Américain - 1h48
Année : 2016
Sortie en France le 17 février 2016
Avec : Ginnifer Goodwin, Jason Bateman, Idris Elba

Titre Vo : Zootopia

Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia !Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …
(Source : Allociné)

14/20



Autant le dire directement : Zootopie est l'une de mes plus grandes déceptions côté animation sur ces derniers mois. Lorsque je n'attends rien d'un film et que je me retrouve devant un divertissement correct, ok, ça passe encore. Mais pour un film qu'on a vanté comme étant l'un des meilleurs films d'animation récents... sérieusement ? Comment voulez-vous ne pas être déçue !

Je m'emporte peut-être un peu vite, car le film reste ce qu'il est : un Disney, et donc un film divertissant et qui a, en plus, le mérite d'être très beau visuellement. Les décors, les couleurs, les frimousses des animaux, il n'y a pas à dire l'univers est beau et mignon. Mais c'est sans doute ce qui m'a posé problème : c'est très mignon, mais ça ne va pas plus loin.


Zootopie est ce que j'appelle un film à scénario creux. C'est à dire, un film avec une histoire qui semble bien construite, mais qui ne repose que sur des clichés, des facilités et du vide. Pas de réelles prises de risque, on ne sort pas des sentiers battus, c'est du Disney tout craché, on reste dans ce que le studio sait faire de mieux. Pourtant, même en restant dans un esprit très Disney (que j'adore normalement), j'ai trouvé le film bien fade. Si  certains messages font mouche (je suis une fille, je ne peux qu'encourager l'idée de mettre en avant des personnages féminins qui dépassent leurs limites et les préjugés), ceux sur la tolérance, la différence sont bancales, je n'ai pas toujours trouvé les analogies humains/animaux, faibles/forts, persécutés/persécuteur très subtiles.


Et surtout, j'allais voir Zootopie pour rigoler. Je dois être franchement insensible à l'humour animal parce que s'il m'est arrivé de sourire parfois ou d'être amusée de temps à autres, je n'ai pas rigolé de toute la séance. Encore une fois, le film tombe dans la facilité et nous propose un humour très jeune enfant, dans lequel on ne se retrouve pas forcément plus grand. C'est dommage, surtout que les studios d'animation ont largement prouvé qu'ils étaient capables de faire des films avec des situations et de l'humour compréhensibles à plusieurs niveaux pour que, enfants comme adultes, chacun y trouve son compte. Le plus drôle du film étant les scènes avec les paresseux, qu'on avait déjà vu douze millions de fois dans les bande-annonces, niveau humour, on repassera.

Si d'un côté, je n'ai pas envie de saquer le film car il reste plaisant à regarder, de l'autre, on est bien loin d'un Vice-versa (dernier film de Disney m'ayant vraiment beaucoup plu) ou d'un Raiponce (du même réalisateur). Bref, quelle déception de ne vraiment pas être tombée sur le super film d'animation dont on m'avait parlé.


lundi 28 mars 2016

[Livre] Involution de Johan Heliot

J'ai lu - 2015
220 pages
Date de parution originale : 15 janvier 2014

 L’AMAS – pour Anomalie Magnétique de l’Atlantique Sud – préoccupe les scientifiques du monde entier : si ce qu’enregistrent les instruments de mesure est avéré, on a peut-être affaire à un phénomène géophysique d’une ampleur inégalée depuis l’extinction des dinosaures. Les villes du continent sud-américain sont les premières à en percevoir les effets : à São Paulo, tous les appareils de communication commencent à se dérégler. Pas de chance pour Vincent, un Français qui vient juste d’être embauché par Globo, le nouveau géant brésilien de l’internet mondialisé ; ni pour Chloé, son ex, venue avant lui au Brésil pour fuir leur relation moribonde. C’est même encore pire pour la jeune femme : responsable du projet de forage pétrolier le plus ambitieux jamais conçu, elle se trouve aux premières loges pour assister à l’Apocalypse...
(Source : J'ai lu)

13/20


Qu'il partait bien ce roman ! Une touche d'anticipation (des décennies après la notre), une touche de SF avec les avancées technologiques qui vont avec (dont Globo, ce merveilleux moteur de recherche intelligent) et un début de scénario de catastrophe naturelle comme je les aime (mettant en jeu le géomagnétisme et l'Anomalie magnétique de l'Atlantique Sud pour ceux que ça intéressent). Mais encore aurait-il fallu exploiter tous ces éléments correctement, et Involution me laisse au final, un sale goût d'inachevé.

« Depuis les débuts de notre civilisation, on s'est habitués à l'idée même de notre permanence – je te parle du vulgum pecus, pas du timbré millénariste. C'est pourtant une erreur du point de vue de l'évolution. La plupart des gens croient dur comme fer qu'on est là pour toujours, du moins pour très longtemps. Même si on sait qu'un jour le Soleil finira par mettre le holà à cette petite plaisanterie cosmique appelée la vie, qui se lève en y pensant sérieusement ? »

Prenons la construction de l'histoire pour commencer. L'intercalation entre les chapitres de morceaux d'articles parus sur le web sur les événements qui se déroulent est sympa, certes. Ça donne un point de vue plus général sur ce qui arrive et permet de mieux situer le contexte de l'histoire. Mais c'est surtout nécessaire car on en a bien besoin, vu le nombre d'ellipses et de détails qui passent à la trappe : on a parfois du mal à comprendre comment tout peut s'enchaîner si facilement. Le format court du roman s'explique alors (seulement 220 pages), il aurait peut-être fallu étoffer au lieu d'aller si vite en besogne.

« Qui a jamais vraiment accepté de se considérer à titre individuel comme un simple incident dans le jeu complexe de l'évolution ? »

Il en résulte que le roman a très peu de rythme. On se contente de suivre les événements, comme s'ils nous étaient exposés, plutôt que de les vivre avec les personnages. Des personnages qui manquent également de consistance. On n'a pas le temps d'apprendre à réellement les connaître ou à les apprécier. Ils nous sont présentés rapidement : Vincent, l'ex-mari, Chloé, son ex-femme, Sébastien, un petit génie milliardaire et César, un malfrat brésilien, baron de la drogue. Tous, expédiés en quelques pages.

« L'univers des abysses demeure un mystère à de nombreux points de vue, mais pas autant que celui des entrailles de la Terre. Un siècle et demi plus tôt, Jules Verne les avait peuplé d'une vie foisonnante. Une idée peut-être pas si absurde, d'ailleurs. La découverte de forme de vie extrêmophiles, capables de supporter d'énormes pressions et des températures élevées, a depuis relancé le débat. Bien sûr, plus personne ne rêve de dinosaures ou de créatures disparues de la surface, mais d'organismes unicellulaires , de bactéries plus âgées encore que ces bons vieux sauriens géants – plus résistantes, en somme, parce que discrètes et adaptées aux pires conditions d'existence concevables. »

Mais ce qui m'a le plus dérangé finalement, ce n'est pas forcément comment l'histoire est écrite, mais l'histoire en elle-même. Si je la trouvais très intéressante au début, le retournement de situation assez conséquent qui arrive en plein milieu m'a laissé complémentent dubitative (pour éviter de spoiler, je ne dirais pas de quoi il s'agit, ceux qui auront lu le livre comprendront, ceux qui seraient curieux de le savoir, n'auront qu'à jeter un coup d’œil au roman). Pour dire les choses clairement : ça sort de nulle part et ça ne fait aucun sens. Surtout que tout le monde accepte très facilement tout ce qui se passe ce qui semble totalement abracadabrant (la faute aux ellipses je présume, qui ne permettent pas de voir la situation évoluer correctement).

Malgré les sujets évoqués qui auraient pu être fascinants (notamment les questions sur tout ce qui touche à l'évolution humaine et technologique), ce petit roman de science-fiction sous forme de techno-thriller est loin de m'avoir convaincu avec son histoire bien trop fade et son manque de réalisme (ou de crédibilité du moins).





mardi 15 mars 2016

[Livre] Bird Box de Josh Malerman

LGF - Le livre de poche, 2015
384 pages
Date de parution originale : 27 mars 2014

La plupart des gens n'ont pas voulu y croire, les incidents se passaient loin, sans témoins…
Depuis qu'ils sont nés, les enfants de Malorie n'ont jamais vu le ciel. Elle les a élevés seule, à l'abri du danger, sans nom, qui s'est abattu sur le monde. On dit qu'un coup d'œil suffit pour perdre la raison, être pris d'une pulsion meurtrière et retourner sa violence contre soi. Elle sait que bientôt les murs de la maison ne pourront plus protéger ses petits. Alors, les yeux bandés, tous trois vont affronter l'extérieur, et entamer un voyage terrifiant sur le fleuve, tentative désespérée pour rejoindre une colonie de rescapés. Arriveront-ils à bon port, guidés seulement par l’ouïe et l’instinct ?
Un climat de tension habilement instauré, qui vous fera sursauter au moindre bruit. 
(Source : LGF - Le livre de poche)

16/20

Bird Box est un de mes récents coup de cœur. Premier roman du chanteur et guitariste du groupe de rock The High Strung, j'aurais été à mille lieux d'imaginer ce que j'allais découvrir en me plongeant dans le roman. Et pourtant, avec son ambiance apocalyptique, ses personnages attachants et ses bonnes idées pleines d'originalité, il ne m'en a pas fallu plus pour me faire engloutir dans les méandres de l'histoire...
« Dans un monde où l’on ne peut pas ouvrir les yeux, un bandeau ne reste-t-il pas la seule chose à laquelle on puisse aspirer ? »
Les histoires apocalyptiques ne sont plus aussi rares à découvrir en littérature, pourtant Josh Malerman arrive clairement à se démarquer et c'est déjà un point qui change complètement la donne me concernant. Car si les ingrédients de bases sont bien là (l'élément perturbateur, le chaos, les morts, la survie, l'horreur de la situation), ce qu'il y a d'original dans Bird Box, c'est la cause de la fin du monde. Du début à la fin du roman, le lecteur - à l'image des personnages - ignore complètement pourquoi le monde a sombré en pleine apocalypse. Aux côtés d'une jeune femme, Malorie, on suit l'apparition d'un mal étrange qui pousse les gens à tuer avant de se suicider, animés par la folie après avoir vu... eh bien, après avoir vu quelque chose. On parle de créatures le plus souvent, de sorte de monstres dont on ne sait rien, ni l'apparence, ni les intentions, ni même la véritable existence. Ce quelque chose n'est finalement jamais vraiment expliqué, imagé. Il prend corps uniquement dans la terreur que les personnages éprouvent face à cet inconnu si dangereux dont ils ne savent rien. Pour éviter de perdre la raison en apercevant ces monstres, les gens prennent dès lors l'habitude de se bander les yeux, de se calfeutrer chez eux et de ne plus sortir à l'extérieur. 
« C’est la Terre tout entière qui est devenue une prison, tout aussi confinée que les oiseaux dans leur cage dehors. Et Tom, Malorie le comprend, cherche désespérément un moyen d’en ouvrir le couvercle. Un moyen de s’en échapper. Mais comment savoir s’il n’y a pas de deuxième couvercle au-dessus du premier, puis encore un troisième ? Enfermés, s’avise-t-elle. Nous sommes enfermés pour toujours. »
L'histoire prend alors deux dimensions. Celle de l'intérieur, lorsque les personnages sont cachés entre leurs murs, et celle de l'extérieur, lorsque, poussés par le désir de survivre, ils se retrouvent à devoir sortir. Dans les deux cas, on se sent complètement perdus, aveugles nous aussi. Soit on ne voit rien car ils sont aveuglés, soit c'est l'ignorance quant à l'état de la situation qui nous plonge dans l'obscurité. Et surtout, cette absence de connaissance sur ce qu'il se passe vraiment, sur ce qui peut arriver, enrobe toute l'histoire d'une aura sombre et angoissante qui est délectable. J'adore les romans d'horreur, et si Bird Box reste assez léger dans le genre, on peut cependant lui reconnaître un suspense et une atmosphère extrêmement bien maîtrisés qui ne laisseront pas les plus sensibles indifférents.
« Elle avait alors ressenti la brûlure d'une peur panique l'envahir. Rien à voir avec celle qu'une femme peut éprouver à conduire une voiture au pare-brise noirci, non - le genre de peur qui frappe quand, un bandeau sur les yeux, on prend soudain conscience de ne pas être seul dans une pièce. »
Et s'il est si facile d'éprouver un brin d'angoisse face à tout ce qui arrive, c'est également parce qu'on ne peut s'empêcher de s'attacher aux personnages, ainsi que de se mettre à leur place. Tom, Felix, Jules, Olympia. On n'apprend pas tous à les connaître très bien, puisque l'histoire tourne surtout autour de Malorie, pourtant, à travers des détails de leur vie d'avant ou de leur personnalité, on trouve des failles, des aspects profondément humains qui les rendent attachant.

Le résumé du roman était alléchant, pourtant je me méfie toujours un peu de ces quatrièmes de couvertures très aguicheuses qui se trouvent être parfois plus intéressantes que les roman eux-mêmes. Eh oui, quand on a une bonne idée, encore faut-il réussir à l'exploiter. En ce qui concerne Bird Box, le défi est relevé haut la main. De l'écriture en passant par la construction de l'histoire, par la tension constante ou encore par les idées utilisées, tout m'a conquise dans ce thriller. À voir ce que l'auteur nous réserve pour la suite !





lundi 14 mars 2016

[Livre] Les Femmes de Stepford d'Ira Levin

J'ai lu, 1976
160 pages
Date de parution originale : septembre 1972
Titre VO : The Stepford wives

Qu'arrive-t-il donc aux femmes de Stepford ? Ont-elles toujours été, ainsi que Joanna les découvre en s'installant dans cette ville, de véritables poupées ménagères, uniquement préoccupées de l'entretien de leur intérieur et du bien-être de leur famille ? Ou alors sont-elles victimes de leurs maris, tous adhérents du « Club des Hommes », qui se réunissent chaque soir dans une vieille bâtisse mystérieuse interdite aux femmes ? Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l'aide de deux amies nouvellement arrivées. Quelle n'est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l'image des autres femmes de la ville. L'inquiétude devient rapidement de l'angoisse... Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, climatisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?
(Source : J'ai lu)

14/20

J'aime beaucoup voir des auteurs s'attaquer au machisme et briser les codes du cliché de la femme au foyer destinée à s'occuper de la maison, des enfants, et de son tendre époux. Ici, Joanna et sa famille débarque à Stepford, une petite ville calme, propre et bien rangée, peut-être même un peu trop, comme notre héroïne ne tarde pas à le remarquer. Car à Stepford, il semblerait que chaque épouse se soit transformée en parfaite ménagère, ce qui met vite la puce à l'oreille de Joanna : la jolie ville cache un secret, et il semblerait même que les maris aient quelque chose à voir là-dedans...

« Les villes, déclara-t-elle, se créent peu à peu leur propre personnalité en fonction des gens qui choisissent d'y vivre. »

Ira Levin fait partie de ses auteurs caméléon qui sont capables d'écrire des histoires de tous les genres. De l'anticipation au fantastique, le voici ici dans une SF très diffuse, à peine présente même, qui sert juste de possible explication à son histoire. Le reste tient plus du thriller, avec un suspense qui monte graduellement jusqu'au dénouement du livre. On est curieux de découvrir la drôle de machination qui se cache derrière tout ça, ce fameux complot qui m'a beaucoup fait penser à Rosemary's Baby, à croire qu'Ira Levin aime mettre des femmes au cœur de ses idées tordues.

« Que dites-vous de la blancheur de ma lessive ? demanda-t-elle toute fière de ranger le jersey aux plis impeccables dans le panier à linge. Telle une actrice publicitaire. En fait, elle l'était, comprit brusquement Joanna. Elles l'étaient toutes, sans exemption, ces femmes de Stepford. Des actrices de bande publicitaire, ravies de leur choix en matière de lessive, cire et produits de nettoyage ; de leurs shampooings comme de leurs désodorisants. De jolies actrices, fortes de poitrine mais faibles de talent, qui jouaient sans conviction les ménagères de banlieue, trop chochottes pour être vraies. »

Du reste, si j'ai apprécié ma lecture, je regrette les quelques facilités prises par l'histoire, notamment la déconcertante facilité de Joannah à déduire et accepter des hypothèses un brin tirées par les cheveux, ainsi que la fin qui, bouclant la boucle, est assez ironique, mais arrive tout de même très rapidement. On aurait peut-être aimé un peu plus d'explications.

Le roman reste agréable à lire, et si ceux qui ne connaissent pas Ira Levin seront peut-être déçus par cette première approche, ceux qui aiment l'auteur passeront certainement un bon moment.